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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Le retour du territoire ?

Publié par philippe piercy sur 2 Mai 2014, 12:50pm

Catégories : #Hypokhâgne

Un ouvrage récent souligne les enjeux géographiques des évolutions géopolitiques contemporaines; en voici la recension dans Le Monde du 1er mai 2014:



Les puissances émergentes comptent sur leur économie florissante pour peser sur le monde. Elles ont désormais leur ouvrage de référence en géopolitique. Robert D. Kaplan, ancien correspondant de presse américain, signe avec son dernier livre le retour des grands ensembles sur la scène internationale, comme si la planète s'organisait dorénavant autour de plusieurs pôles de stabilité : Russie, Chine, Inde, Brésil, Iran, Etats-Unis, Union européenne et Japon.

Ainsi le monde serait multipolaire, selon ce professeur à l'Académie navale d'Annapolis, dont la démonstration marque surtout le retour des réalistes dans le débat stratégique aux Etats-Unis.

Applaudi par les poids lourds de cette école traditionnelle des relations internationales, cet ouvrage en réactualise toute la panoplie : le retour des frontières et du territoire, les références géopolitiques classiques de l'Antiquité à nos jours, l'Etat et le fameux clivage entre puissances terrestres et puissances maritimes. Car dans ce monde des grands ensembles, partenaires ici, rivaux là, l'océan occupe une place particulière, notamment dans la lutte que se livrent Américains et Chinois pour le contrôle des routes maritimes en Asie.

La nouvelle menace russe

Le chapitre consacré au " complexe de la Russie " apporte des éclairages précieux sur ce que serait pour l'auteur la nouvelle pensée stratégique de Moscou. Crise démographique, montée de l'islam, poussée occidentale en Europe orientale et menace chinoise en Sibérie et en Asie centrale affolent le Kremlin. Son statut de puissance énergétique et son projet hasardeux d'eurasisme ne suffisent pas pour renverser la tendance mais traduisent une volonté russe de reconquérir l'ancien espace soviétique. Un tournant impérialiste que l'auteur met en exergue pour attirer l'attention des lecteurs sur la nouvelle menace que la Russie constituerait pour ses voisins grands ou petits.

Mais, dans la prose de Robert Kaplan, les petits acteurs n'ont pas leur place à la table de la paix mondiale, comme si, pour les réalistes, la politique était une affaire trop sérieuse pour la laisser aux mains des petits. La paix resterait donc une affaire à régler au sein du club fermé des puissants. Une affirmation qui reste cependant à prouver tant le concept de puissance sonne creux quand on s'aperçoit qu'aucun conflit n'est vraiment réglé, que les crises ne sont plus vraiment d'ordre territorial et que les tensions provoquées par les défauts de fabrication du système international s'accumulent.

Alors, à défaut de comprendre le monde tel qu'il est et non pas tel que Robert Kaplan voudrait qu'il soit, son ouvrage a le mérite de réhabiliter la géographie, qui ne serait plus désormais le parent pauvre des sciences sociales.

Gaïdz Minassian

© Le Monde

Carte extraite de l’ouvrage de P. Royer, "Géopolitique des mers et des océans" (coll. Major, PUF, 2012)

Carte extraite de l’ouvrage de P. Royer, "Géopolitique des mers et des océans" (coll. Major, PUF, 2012)

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