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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Ces " mousquetaires " qui jouaient avec les devises

Publié par philippe piercy sur 13 Novembre 2014, 16:19pm

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

Dans Le Monde du 14/10/2014, un bel exemple de malversations, délits d'initiés et manipulations de taux sur le marché des devises: extraits:

(...)Dans le milieu financier, les traders du " Forex " (Foreign Exchange, marché des devises) sont souvent considérés comme les plus machos, " les plus bourrins ", selon un connaisseur. De tous les actifs sur lesquels spéculer, c'est de loin le plus énorme : chaque jour, 5 000 milliards de dollars (4 000 milliards d'euros) de devises sont échangés, dont 40 % à Londres. C'est vingt fois plus que l'ensemble des Bourses mondiales. C'est aussi un marché qui ne s'arrête jamais, fonctionnant sept jours sur sept.

Ce petit milieu des traders du Forex est au cœur d'un nouveau scandale financier. Mercredi 12 novembre, six grandes banques internationales ont été condamnées à une amende de 4,2 milliards de dollars pour avoir manipulé systématiquement et à grande échelle le marché des changes. La Commodity Futures Trading Commission et l'Office of the Comptroller of the Currency aux Etats-Unis, la Financial Conduct Authority au Royaume-Uni et la Finma en Suisse se sont coordonnées dans une grande enquête mondiale, mettant à l'amende Bank of America, Citibank, HSBC, JPMorgan Chase, Royal Bank of Scotland et UBS.

Dans leur enquête, les régulateurs financiers révèlent le fonctionnement de la manipulation, dans une plongée fascinante sur l'entente illégale de ces petits groupes de traders. En temps normal, il est très difficile d'influencer le marché des devises, beaucoup trop gros. Mais chaque jour, à heure fixe, des prix de référence sont déterminés, qui servent de base à des millions de contrats financiers à travers le monde.

Deux d'entre eux dominent : l'un, intitulé WM/Reuters, fait la moyenne du cours d'une devise pendant une minute, 30 secondes avant et 30 secondes après 16 heures, heure de Londres. Le deuxième, European Central Bank Fixes, fait de même à 13 h15 et se base sur les échanges entre banques centrales.

Ces deux " fixings " ont offert aux traders des fenêtres de tir pendant lesquelles ils pouvaient concentrer leurs efforts. En jouant à la hausse ou à la baisse de grosses sommes pendant cette très courte période, ils pouvaient influencer le cours d'une devise. En soi, cela n'a rien d'illégal. En revanche, l'entente entre les banques n'est pas autorisée. C'est pourtant ce qui s'est passé, au moins entre le 1er janvier 2008 et le 15 octobre 2013, période sur laquelle se sont penchés les régulateurs.

La FCA, le régulateur britannique, cite notamment l'exemple de Citigroup. Ce jour-là, la banque américaine a reçu ordre d'un client d'acheter 200 millions d'euros, au prix du European Central Bank Fixes. Sur la " chat room " de ses ordinateurs, le trader entre alors en discussion avec des confrères de quatre autres institutions financières pour voir si eux aussi ont des commandes d'euros.

Ces derniers acceptent alors de regrouper leurs commandes. Citi se retrouve alors avec 542 millions d'euros d'ordre d'achat. Avec ce pactole en poche, le trader passe à l'offensive quelques secondes avant 13 h 15. Il place quatre ordres d'achat d'euros successifs, à des niveaux supérieurs à ce que les vendeurs lui proposent. Le résultat est spectaculaire : pendant les 33 secondes qui ont entouré la détermination du prix de référence de la Banque centrale européenne, Citi a réalisé les trois quarts des échanges de cette devise. En clair, le trader a inondé le marché et a réussi à le dominer, faisant légèrement augmenter le cours. Cela lui a permis d'empocher la différence entre le prix demandé par son client et celui de l'indice.

La fraude dans le marché des changes aura donc duré jusqu'à la fin 2013. Cela signifie que la pratique continuait, alors même que le scandale du Libor avait déjà été exposé. Ses ressorts sont pourtant les mêmes : un prix de référence (en l'occurrence, le taux d'intérêt interbancaire), manipulé par des traders qui forment un petit cartel. De quoi désespérer de la réforme des banques, s'agace Andrew Tyrie, président de la commission parlementaire britannique chargée des finances : " Les banques avaient promis qu'elles allaient corriger leurs mauvais comportements. Clairement pas assez. "

éric albert

copyright Le Monde

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