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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Trois points de vue sur les fragilités économiques chinoises

Publié par philippe piercy sur 2 Septembre 2015, 14:50pm

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

Dans Le Monde du 3/9;

Andrew sheng et xiao geng expliquent la crise de confiance des investisseurs:

Quand les problèmes de la Chine sont apparus au grand jour, les investisseurs et les acteurs boursiers ont perdu confiance. Le gouvernement est intervenu pour stabiliser les cours de la Bourse, avec comme conséquence inévitable une redistribution des pertes des marchés. On peut néanmoins se demander s'il ne serait pas préférable de consacrer les modestes ressources publiques à stimuler l'économie réelle plutôt que le secteur financier. Les investisseurs savent que l'Etat peut et va intervenir pour diminuer momentanément l'instabilité des marchés. Mais la confiance de ces derniers repose sur les perspectives à long terme. Pour éviter le piège de la déflation, relancer les investissements, favoriser la compétitivité et accélérer la croissance, la Chine doit continuer à stimuler le goût pour l'innovation et l'esprit d'entreprise.

L'avenir du pays repose sur sa capacité à retrouver la confiance des marchés. Aussi les dirigeants doivent-ils non seulement stimuler la consommation intérieure pour compenser la stagnation à l'extérieur, mais aussi veiller à ce que l'Etat et les forces du marché travaillent de concert.

Les autorités semblent préparées à faire ce qu'il faut. La dévaluation de 2 % du yuan par rapport au dollar (la plus importante depuis que le yuan n'est plus lié au dollar) devrait donner un avantage concurrentiel aux entreprises chinoises sur les marchés extérieurs et renforcer l'influence du marché sur la devise chinoise, placée sous le contrôle serré du gouvernement.

Mais il faut faire bien davantage. La Chine est loin d'être insolvable – elle détient presque 1 800 milliards de dollars de dette nette. Il lui faut néanmoins s'adapter aux changements structuraux, au niveau tant national que mondial, et libérer davantage de liquidités dans le pays pour soutenir l'économie, en particulier le secteur privé. C'est le manque de liquidités sur les marchés boursiers et une confiance trop fragile qui ont déclenché la récente volatilité.

Le gouvernement chinois ne peut continuer à stimuler l'économie en continuant à faire des investissements financés par la dette. Il est temps de donner au secteur privé les outils dont il a besoin pour conduire l'économie du pays vers une prospérité durable. Il s'agit notamment de rénover en profondeur le fonctionnement des marchés financiers, d'encourager l'innovation dans le secteur privé et d'utiliser les actifs publics pour renforcer la protection sociale (par exemple en harmonisant le système des retraites et de sécurité sociale).

Ces questions ne sont pas techniques mais politiques, car les défenseurs des intérêts particuliers veulent maintenir un contrôle bureaucratique. La politique anticorruption du président Xi Jinping commençant à produire ses effets au sein de la classe dirigeante, il est temps de passer aux réformes structurelles, et non de s'en détourner.

Le sens du ralentissement et les réponses par l'investissement à long terme sont présentés assez différemment comme un choix des autorités de rééquilibrer la structure économique par Mariana Mazzucato:

Devons-nous nous inquiéter de ce qui se passe en Chine ? La croissance de la principale économie émergente est-elle en panne ? Ou bien le récent ralentissement économique et la dévaluation de la monnaie ne sont-ils que de simples remous ?

Alors que l'économie mondiale est encore largement affectée par la crise financière, et que la faiblesse de la demande mondiale (investissements et dépenses) se fait sentir dans de nombreux pays, il n'est guère surprenant que les exportations de la Chine (et de l'Allemagne) connaissent un sérieux ralentissement. Et le ratio chinois dette/produit intérieur brut s'est accru non pas en raison d'une hausse du numérateur, mais de la baisse de la valeur nominale du dénominateur, c'est-à-dire de la baisse des prix.

La dévaluation du yuan est-elle due à une simple réaction de Pékin face à la surévaluation de sa monnaie, ce qui ne serait guère inquiétant ? Ou bien s'agit-il de la réponse d'une Chine en proie à la baisse de la demande mondiale, ce qui serait plus préoccupant ?

Or, depuis des années, la croissance chinoise n'est plus tractée par les exportations, mais par l'investissement. De 2004 à 2014, il a représenté plus de la moitié de la croissance annuelle. Mais, au premier semestre, l'investissement en actifs fixes a connu son plus faible niveau de croissance depuis 2000, principalement en raison de la baisse des investissements immobiliers. Celle-ci même a souffert de l'excédent d'offre – de nombreux logements n'ont pas trouvé acquéreur. La demande de matériaux de construction a ainsi baissé. Cela a entraîné une surcapacité industrielle généralisée au-delà du secteur immobilier. Aussi, la baisse des exportations, sur laquelle se sont focalisés les médias, ne devrait pas susciter d'inquiétude : c'est la baisse de l'investissement qui est préoccupante.

Pourtant, les dirigeants chinois semblent ne pas avoir choisi de relancer l'investissement par la dépense publique, mais d'entreprendre des réformes structurelles. Ces dernières sont différentes de celles qu'affectionne malheureusement l'Europe, obsédée par " les rigidités du marché du travail " et la réduction des salaires du secteur public. Pékin a plutôt choisi de modifier la composition sectorielle de l'économie pour donner la priorité à la consommation et aux services, et non plus aux industries traditionnelles, qui souffrent de surcapacité, en augmentant les investissements dans la santé, le tourisme, les technologies de l'information et l'éducation. A court terme, ce rééquilibrage sectoriel pourrait provoquer un ralentissement de la croissance. Mais, à long terme, il peut rendre l'économie plus équilibrée et dynamique.

Technologies vertes

La Chine procède ainsi à d'énormes investissements dans ce qui sera très probablement la grande affaire après l'Internet : les technologies vertes. Le dernier plan quinquennal prévoit 170 milliards de dollars (151 milliards d'euros) de dépenses dans cinq nouveaux secteurs, dont les énergies renouvelables, les technologies " douces " et les technologies de l'information de nouvelle génération. Un choix rendu nécessaire par le niveau élevé de pollution, mais qui résulte également d'une vision qui considère le " verdissement " de l'énergie comme une réorientation complète de l'économie. La Chine reste le premier investisseur en énergies renouvelables hors de Chine – principalement au travers de sa Banque de développement. Pendant qu'en Occident la finance privée continue de privilégier le gonflement des bulles sur les marchés, le système bancaire chinois finance l'" économie réelle " et les infrastructures de nombreux pays. Si l'investissement intérieur ralentit, il se poursuit à l'étranger, en Afrique comme dans les pays européens.

Placer la priorité donnée à la consommation et les services sous le signe de l'innovation sera crucial. Huawei, numéro un mondial des télécommunications, et Yingli Solar, un des leaders chinois dans les énergies renouvelables, sont, parmi d'autres, les résultats directs d'investissements à long terme. Accompagné d'une hausse exponentielle des dépenses en recherche et développement et d'un puissant soutien à la demande de nouvelles technologies par le biais du plan quinquennal, cela a déjà permis à la Chine de se positionner parmi les pays les plus novateurs dans ces secteurs. Lorsqu'elle procédera à son " rééquilibrage " vers les services, il sera essentiel que cette vision innovante s'applique également. Si tel était le cas, cela confirmerait l'émergence de la Chine comme l'un des pays les plus innovants au monde.

La seconde question sera de savoir si la Chine procédera à des changements dans ses propres institutions, afin qu'elles puissent s'adapter à des conditions nationales et internationales fluctuantes, et éviter les rigidités de l'ex-système soviétique. Cela exigera de construire un système dynamique et décentralisé d'innovations au travers d'institutions variées, comme l'a fait le Japon dans les années 1980. Aujourd'hui, une trop grande part des investissements chinois sont encore gérés depuis le sommet. L'ouverture démocratique est la clé de l'avenir d'une croissance chinoise inclusive.

Quant au risque représenté par les ralentissements chinois pour le monde, ils ont ainsi présentés par A. Bris:

La Chine est aujourd'hui un facteur de risque majeur pour l'économie mondiale. Les krachs actuels sont peut-être le début d'une longue période de transition, jusqu'à ce que la Chine devienne un pays " normal ".

Aujourd'hui, la Chine est la deuxième plus grande économie du monde, mais elle est 22e sur 61 au classement 2015 de la compétitivité mondiale de l'IMD Business School de Lausanne. L'économie chinoise aura besoin de beaucoup de temps pour s'atteler à ses défis fondamentaux : gouvernement inefficace, secteur des affaires manquant de réglementations appropriées et surprotégé par le secteur public, très mauvaises infrastructures et systèmes d'éducation et de santé qui limitent la qualité de vie. Ce que les marchés nous annoncent enfin, c'est que la fête est finie.

Le " risque chinois " pour l'économie mondiale est le résultat d'une combinaison de facteurs. Pour commencer, la Chine est une énorme économie – bien plus grande que la Russie en 1998 ou la Grèce en 2015. Elle est le plus grand investisseur étranger aux Etats-Unis. Elle est un important détenteur de la dette du gouvernement américain. Elle est le premier exportateur du monde, et elle est près de devenir le premier importateur. Enfin, quatre des cinq banques aux actifs les plus importants dans le monde sont chinoises ; leurs bilans additionnés atteignent 11 000 milliards de dollars (9 800 milliards d'euros), à peu près 100 % du produit intérieur brut (PIB) de l'empire du Milieu.

Une chute de 40 % du marché chinois n'est pas une simple correction. En termes de capitalisation boursière, cela représente pour les entreprises chinoises et les investisseurs internationaux une perte de richesse de 2 000 milliards de dollars, l'équivalent du PIB du Brésil. Nous ne pouvons ignorer l'importance de l'effet d'une liquidation chinoise sur la structure du capital du secteur des affaires. L'Institut McKinsey annonçait, en février, que le rapport dette publique/PIB de la Chine atteignait un étourdissant 125 %. Nous devons donc nous faire du souci. Des défauts dans le secteur des affaires et des faillites de banques chinoises sont possibles.

Au cours des mois passés, les régulateurs chinois ont tenté, en vain, de prévenir un krach. Les marchés financiers doivent être réglementés afin d'assurer que l'information est véridique et transparente. Mais, lorsque les régulateurs essaient de les manipuler, les conséquences peuvent être dramatiques. Nous en sommes aujourd'hui témoins en Chine et dans le reste du monde.

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Trois points de vue sur les fragilités économiques chinoises

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