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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Aux portes du Tibet, Pékin déverse sa manne

Publié par philippe piercy sur 31 Mars 2016, 15:41pm

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

Dans Le Monde du 31/3 (En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2016/03/31/aux-portes-du-tibet-pekin-deverse-sa-manne_4893188_3216.html#iZkrTK63xCBtcfHw.99)une enquête sur les mutations au Qinghai, après le séisme de 2008 notamment. Extraits:

Près de six ans après le tremblement de terre de 2010, la ville tibétaine de Jyekundo, lotie à 3 800 mètres d’altitude dans la province chinoise du Qinghai, aux portes orientales de la Région autonome tibétaine (RAT), a fière allure. Au centre, un tout nouveau musée tibétain dresse ses murs pourpres en contrebas du monastère reconstruit de Dondrubling. De l’autre côté de la rivière, une équipe d’architectes chinois a créé un étonnant « centre d’accueil », inspiré de la tradition locale des pierres marquées d’incantations bouddhiques. Des sociétés d’Etat venues de toute la Chine ont métamorphosé à coups d’investissements colossaux (5 milliards d’euros) cette bourgade sur la route du Tibet en un centre urbain moderne et folklorique de plusieurs kilomètres de long. En chinois, il a pour nom Yushu.

Cette reconstruction « modèle » a bouleversé les équilibres démographiques. « Avant le séisme, Yushu était l’une des préfectures les plus tibétaines du Qinghai, avec 98 % d’habitants tibétains. Aujourd’hui ? Sans doute pas plus de 60 %. Il y a eu énormément de nouveaux arrivants chinois, dont de nombreux fonctionnaires », estime Tashi, un Tibétain de Yushu qui préfère donner un nom d’emprunt. Il travaillait pour une ONG européenne avant que celle-ci ne soit obligée de fermer après les troubles de 2008.

« Les donateurs préfèrent que cela se voie »

Cet afflux de migrants han, l’ethnie chinoise majoritaire, se voit partout : des restaurateurs du Hunan aux maçons du Sichuan, en passant par les demoiselles des salons de massage. Or, le cycle économique de la reconstruction approche de sa fin – et le boom touristique n’est pas au rendez-vous. A Nangchen, l’autre ville de la préfecture, les rives du Mékong ont vu pousser un commissariat général, une cour de justice et des dizaines de petits immeubles pour loger les nouveaux fonctionnaires.

Surnommé le « comté aux cent monastères », Nangchen est en proie à une épidémie de chantiers : « La moitié des monastères de la région est en reconstruction, même s’ils ont été épargnés par le séisme », estime Karma, un Tibétain qui fonce dans son pick-up vers un chantier avec un ouvrier du Sichuan qu’il emploie. L’injection d’argent crée une émulation entre les monastères. « Ils veulent montrer leur foi ! », pense Karma. Et aussi parce que les monastères les plus réputés ont de riches donateurs chinois convertis au bouddhisme tibétain. « Les donateurs chinois préfèrent que ça se voie. Ils ne veulent pas trop investir dans l’éducation par exemple, car cela ne se voit pas », explique Tashi, l’ancien animateur d’ONG.
(...)

La préfecture de Yushu a été un foyer majeur de protestation depuis le soulèvement tibétain de 2008 – à l’instar d’autres zones tibétaines des provinces chinoises voisines du Tibet. « J’ai toujours reçu beaucoup d’informations de là-bas. Sans compter que la reconstruction après le séisme a aussi affecté les intérêts de beaucoup de locaux », se souvient Tsering Woeser, l’écrivaine et blogueuse tibétaine de Pékin qui chronique sur son blog, censuré en Chine, les protestations dans les régions tibétaines. Le séisme avait fait 2 700 morts.
(...)

Chamdo, troisième ville de la RAT, est l’ancienne capitale du Kham, la province tibétaine historique à laquelle appartenait Yushu avant la Chine populaire. Il s’y organisa une résistance armée farouche contre l’administration communiste lors de la révolte des Khampas en 1956, prélude au départ en exil du dalaï-lama trois ans plus tard.

Le jeune Tibétain montre un petit clip vidéo téléchargé sur WeChat, le principal réseau social chinois. Des Tibétains subissent une séance d’humiliation par des policiers dans ce qui semble être une cour d’école. La personne qui filme s’esclaffe. Un autre clip qui a marqué les esprits ici montre Barack Obama s’exprimant au côté de Xi Jinping, le numéro un chinois, lors de leur conférence de presse commune à Washington en septembre 2015. Le président américain y appelle la Chine à « respecter la culture et les droits du peuple tibétain » et à engager « un dialogue significatif avec le dalaï-lama ».

Or, cette déclaration publique de soutien n’a en rien découragé le régime chinois de poursuivre ses virulentes campagnes de dénigrement du chef spirituel tibétain. Car Pékin a manifestement repris confiance dans sa capacité à contrôler la RAT : après sept ans d’ouverture épisodique de ses frontières aux étrangers – il leur faut un permis spécial pour y entrer –, des ambassadeurs, des diplomates et des journalistes occidentaux ont pu s’y rendre au début de l’hiver.

Pour la dissidente tibétaine Woeser, cette ouverture est trompeuse : « Ces visites ont pour but de montrer que la Chine a repris le contrôle du Tibet, estime-t-elle. Mais en fait tout est beaucoup plus strict, et il y a encore plus de tensions qu’avant. »

Brice Pedroletti (Yushu, envoyé spécial)

La région de Yushu a été massivement reconstruite après le séisme de 2010. Wu Gang/XINHUA/AFP

La région de Yushu a été massivement reconstruite après le séisme de 2010. Wu Gang/XINHUA/AFP

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