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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Christophe Guilluy en guerre contre le moyen capital

Publié par philippe piercy sur 14 Septembre 2016, 18:42pm

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

Dans Le Monde du 15/9:2016, recension du dernier ouvrage d'un géographe consultant, largement connu et discuté après ses ouvrages sur l'abandon des "petits blancs" de la "France périphérique". Extraits:

La lutte des classes existe bien. Christophe Guilluy, le géographe consultant, en est convaincu. Il en a acquis la certitude en parcourant la France périphérique, un concept qu'il a forgé pour décrire cette France reléguée, défavorisée, " éloignée des zones d'emploi " et qui forme 60 % de la population. Mais ce n'est pas le grand capital, celui qui possède les moyens de production, qui se livre à cette guerre contre le prolétariat, c'est plutôt la bourgeoisie des cadres, un capital moyen, pourrait-on dire.

La bourgeoisie qu'il met en cause ne possède pas une si grande fortune. Elle n'appartient pas au 1 % des plus riches si souvent décriés. Ses moyens sont cependant suffisants pour se loger dans les grands centres urbains où le prix de la pierre ne cesse d'augmenter. Ce qui distingue plus que tout ces nouveaux Rougon-Macquart, c'est qu'ils disposent du capital culturel pour forger les représentations dominantes et d'un capital social, composé de précieux réseaux, qui leur permet de préserver leurs privilèges. (...)

Dans son dernier essai, Le Crépuscule de la France d'en haut, il décrit encore une fois cet avenir dystopique. Mais le géographe prévient le lecteur : il n'y aura pas de " grand soir ", fruit d'une alliance entre une petite bourgeoisie progressiste et le peuple. Le changement en cours est plutôt de l'ordre de la lente " désaffiliation sociale et culturelle des classes populaires ". Désabusée, livrée à elle-même, voire ostracisée, cette couche de la société rejetterait " la classe politique, de la droite, de la gauche et des syndicats ", tandis que la " défiance à l'égard des médias, des experts, et plus généralement de la “parole d'en haut”, a atteint des sommets ".

La finance, jadis l'ennemi du président-candidat Hollande, n'est pas sur la liste. Elle se repose sur ses porte-parole de la bourgeoisie afin de préserver le régime économique. En échange, les bobos (bourgeois-bohèmes), cadres dans l'entreprise, sont préservés des affres de la mondialisation et des conflits créés par la société multiculturelle, deux maux auxquels sont livrées les classes populaires. Dans ce paysage, un nouveau clivage politique s'est installé : celle qui voit s'affronter mondialistes et souverainistes.

Christophe Guilluy prête toutefois au " système " servi par la cause mondialiste une cohésion qu'il n'a pas. Le contrôle de la presse par des actionnaires privés serait le signe du parfait alignement des intérêts des patrons avec ceux des journalistes. Il faut en effet regretter la perte d'indépendance des médias, mais les choses sont un peu plus complexes – et aussi plus désordonnées –, fort heureusement.

Dans le rapport à l'Autre, la fraternité et la distance sont possibles. Tout dépend des circonstances. " Ce qui détermine l'intensité de la question identitaire, ce n'est pas l'idéologie, mais le niveau d'insécurité sociale et culturelle ", écrit Christophe Guilluy. La cohésion sociale qui émerge s'inscrit donc dans un " localisme " qui forme un " souverainisme d'en bas ". On y découvre un " empowerment identitaire ", une émancipation par l'identité !

Ce n'est pas la première fois que Christophe Guilluy insiste sur l'importance des pratiques quotidiennes et du territoire. On aurait aimé qu'il prenne le temps de décrire les réalités qu'il souhaite défendre. Mais on observe qu'avec le temps sa pensée glisse vers un conservatisme paradoxal, largement inspiré par la gauche mais pour défendre des valeurs traditionnelles. La colère de l'auteur est telle qu'il en vient à mettre en garde contre " le pari totalitaire " qu'envisageraient des élites tentées de pervertir la démocratie…

Marc-Olivier Bherer

On peut lire une recension documentée de "La France périphérique", avec des liens vers les articles de géographes critiques de cet ouvrage très polémique: https://demosthene2012.wordpress.com/2014/11/28/franceperipherique/

Christophe Guilluy en guerre contre le moyen capital

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