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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Le FMI, les inégalités, et la recherche économique; la réponse de T. Piketty

Publié par philippe piercy sur 20 Septembre 2016, 18:50pm

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

Le FMI, les inégalités, et la recherche économique; la réponse de T. Piketty

Dans un long et clair article T. Piketty répond aux critiques du FMI:

http://piketty.blog.lemonde.fr/2016/09/20/le-fmi-les-inegalites-et-la-recherche-economique/http://

extrait:

Le FMI a publié il y a quelques semaines une étude remettant en cause certains des mécanismes inégalitaires décrits dans mon livre « Le Capital au 21e siècle » (voir cet article publié dans « Le Monde », et l’étude complète du FMI ici).

Disons le clairement: je suis très heureux que mon livre ait pu contribuer à stimuler le débat public sur les inégalités, et toutes les contributions à ce débat sont bonnes à prendre!

En l’occurrence, l’étude du FMI me semble toutefois relativement faible et peu convaincante, et je voudrais brièvement expliquer ici pourquoi. Pour être tout à fait exact, j’avais déjà répondu à des arguments similaires dans mon livre (qui malheureusement est fort long!), ainsi que dans plusieurs articles plus brefs et plus récents (voir par exemple celui-ci, celui-là, ou bien cet autre là; d’autres textes sont disponibles ici). Mais il est bien normal que le débat se poursuive, surtout s’agissant de questions aussi complexes et aussi controversées.

Résumons. L’étude du FMI entend démontrer qu’il n’existe pas de relation systématique entre les inégalités d’une part, et l’écart r-g séparant le rendement du capital r et le taux de croissance g d’autre part. Pour cela, l’étude utilise une mesure des inégalités pour un certain nombre de pays développés entre 1980 et 2012, une mesure de l’écart r-g pour ces mêmes pays et ces mêmes années, et tente d’estimer s’il existe une relation statistique entre ces deux variables. Techniquement, il s’agit d’une régression statistique entre une mesure de l’inégalité et une mesure de r-g. L’idée de mener une telle régression n’est pas absurde en soi – à condition toutefois de disposer de données adéquates. Or le problème est que le FMI utilise des deux côtés de la régression des données totalement inadaptées, aussi bien pour l’inégalité que pour r-g, si bien qu’il est à peu près impossible d’apprendre quoi que ce soit d’utile de cet exercice.

Commençons par la mesure de l’inégalité. Le premier problème ici est que le FMI utilise une mesure de l’inégalité des revenus et non pas de l’inégalité des patrimoines. Cela pose une difficulté majeure, dans la mesure où l’inégalité des revenus est déterminée à titre principal par les revenus du travail (c’est-à-dire par les salaires et les revenus d’activité des professions non salariés, qui représentent la grande majorité des revenus, loin devant les dividendes, intérêts, loyers et autres revenus du capital; le partage exact varie dans le temps et suivant les pays, mais tourne typiquement autour de 70%-30% pour les pays et périodes considérés par le FMI). Or l’éventail des revenus du travail dépend de toutes sortes de mécanismes touchant au fonctionnement du marché du travail (inégalités d’accès la formation, changement technique et concurrence internationale, évolution du rôle des syndicats et du salaire minimum, gouvernance d’entreprise et règles de fixation des rémunérations des cadres dirigeants, etc.), et en aucune façon de l’écart r-g (qui concerne uniquement la dynamique des revenus du capital et de leur répartition) (...)

Le second problème posé par l’étude du FMI, au moins aussi grave que le premier, est la façon dont elle mesure l’écart r-g. le FMI utilise en effet pour estimer le rendement du capital r des mesures du taux d’intérêt sur la dette souveraine. La difficulté ici est que les portefeuilles importants et les patrimoines élevés ne sont pas placés en bons du trésor (contrairement à ce que le FMI semble imaginer). Comme je le montre dans mon livre (voir en particulier chapitre 12), il est impossible de rendre compte de l’explosion des plus hauts patrimoines mondiaux au cours des dernières décennies si l’on ne prend pas en compte le fait que les différents niveaux de patrimoines ont accès à des rendements très différents. Autrement dit, le titulaire d’un livret A et le propriétaire d’un gros portefeuille placé en actions et en produits financiers dérivés n’ont pas accès au même rendement du capital r. Si l’on choisit d’ignorer totalement ce fait, alors cela rend très difficile d’identifier l’impact des rendements du capital sur la dynamique des inégalités de patrimoines.

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