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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Mal logement en France: le rapport de la fondation Abbé Pierre

Publié par philippe piercy sur 3 Février 2017, 19:58pm

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

carte des familles en surpeuplement

carte des familles en surpeuplement

Terrain évident et complexe des inégalités sociales, le logement est aussi un des plus spatialisés, à l'échelle locale et régionale notamment; les mal logés sont particulièrement nombreux dans les régions métropolitaines, les plus attractives et où la pression immobilière est très élevée, mais ils sont aussi nombreux dans les petits villes et les espaces ruraux.

Des données récentes et claires dans le 22°rapport de la fondation Abbé Pierre (http://www.fondation-abbe-pierre.fr/22e-rapport-etat-mal-logement-en-france-2017

Quelques éléments de présentation:

La 22e édition du rapport annuel sur l’état du mal-logement de la Fondation Abbé Pierre dessine le portrait d’une France fracturée par la crise du logement. 4 millions de personnes sont sans abri, mal logées ou sans logement personnel.

Outre ces situations les plus graves, 12,1 millions de personnes sont touchées à des degrés divers par la crise du logement. Effort financier excessif, précarité énergétique, risque d’expulsion locative, copropriétés en difficulté, surpeuplement... au total, sans les doubles comptes, près de 15 millions de personnes sont touchées, à un titre ou à un autre, par la crise du logement.

À bien des égards, pour les pauvres, les classes populaires et moyennes, la situation tend à s’aggraver, en particulier depuis la hausse des prix de l’immobilier des années 2000 et le déclenchement de la crise économique en 2008.

Tendances à l'aggravation

Le nombre de personnes sans domicile a augmenté de 50 % entre 2001 et 2012. Celui des personnes en hébergement contraint chez des tiers de 19 % entre 2002 et 2013. Les personnes en surpeuplement accentué sont de plus en plus nombreuses, alors que la tendance depuis des décennies était plutôt à la baisse : + 17 % entre 2006 et 2013 pour le surpeuplement accentué et + 6 % pour le surpeuplement modéré.

Face à ces réalités inquiétantes, quelle a été l’action gouvernementale au cours du quinquennat écoulé ? Alors que François Hollande s’était engagé en 2012 à mettre en œuvre le Contrat social proposé par la Fondation Abbé Pierre, les politiques menées laissent un sentiment d’inachèvement.

Bien des chantiers ont été ouverts, bien des actions ont été entreprises, mais ils se sont souvent heurtés à des renoncements politiques en chemin et à une austérité budgétaire qui empêche d’apporter une réponse à la hauteur de la gravité de la situation.

 

La crise n’est pas forcément là où on l’attendait.

Les locataires continuent de payer leur loyer,puisque le nombre d’impayés semble stable. Mais à quel prix... Les Français sont 44 % de plus qu’en 2006 à se priver de chauffage à cause de son coût. 42 % de plus à subir un effort financier excessif pour payer son logement.

Résultat, le nombre de personnes modestes ayant eu froid à leur domicile pour des raisons liées à la précarité s’est accru de 25 % entre 2006 et 2013. Le nombre d’expulsions locatives avec le concours de la force publique a atteint son record en 2015, avec 14 363 expulsions, un chiffre en hausse de 33 % par rapport à 2006.

Un constat: la force des freins à la mobilité résidentielle, ou le caractère forcé de celle-ci::

Les inégalités de destins résidentiels se sont fortement accrues au cours des deux
dernières décennies : les ménages les plus modestes sont plus souvent locataires
aujourd’hui qu’il y a quinze ans, et cette tendance s’est renforcée au cours des cinq
dernières années (67 % de ménages modestes sont locataires en 2010 contre 61 %
en 2006), et les plus riches sont plus souvent propriétaires (81 % en 2010 contre
72 % en 1996)98. Le tableau suivant montre par ailleurs que les ménages les plus
pauvres (1er décile) ont vu les portes de l’accession à la propriété se refermer : ils
étaient 14 % à avoir pu devenir propriétaires entre 1988 et 1992, et ne sont plus que
7 % dans ce cas entre 2009 et 2013. Sachant que ceux d’entre eux qui y parviennent
aujourd’hui le font dans des conditions de plus en plus difficiles : des niveaux d’endettement
d’autant plus lourds, sur des périodes plus longues.

Le patrimoine acquis par les ménages (dans lequel figurent les biens immobiliers)
contribue également à renforcer les inégalités100 entre ceux qui ont pu choisir le
lieu d’acquisition de leur bien et les ménages pauvres qui ont été contraints de
s’éloigner toujours plus des centres-villes101, s’installant davantage dans les petites
communes ou en milieu rural au prix de trajets domicile-travail longs et coûteux.
L’enquête Patrimoine 2015 de l’Insee montre que les inégalités de patrimoine sont
fortes : les 10 % les plus riches possèdent 47 % du patrimoine (contre
46 % en 2004)… alors que les 50 % les moins riches n’en détiennent que
8 % (sachant que le patrimoine immobilier représente environ les deux tiers du
patrimoine total des ménages).
Les inégalités sociales en termes de parcours résidentiels se traduisent également
spatialement. Si les ménages les plus aisés peuvent devenir propriétaires, ils
ont également les moyens de choisir le territoire où ils souhaitent vivre.
Sur des territoires particulièrement tendus, la flambée immobilière des années
2000 a renforcé les obstacles à la réalisation des parcours résidentiels des ménages
et contraint les plus modestes à partir vivre dans les confins de l’espace périurbain.
Une étude réalisée à l’échelle de l’Ile-de-France montre que, dans deux
déménagements sur trois, les ménages ouvriers partent vers les franges de l’aire
urbaine, sachant que leur présence est aussi importante dans la partie périurbaine
de la Marne, de l’Aisne, de l’Eure et du Loiret, départements limitrophes de l’Ile-de-
France.

Un cas particulier du mal logement, celui des 1300 quartiers prioritaires de la Politique de la VilleUne nouvelle géographie prioritaire a été définie en 2014, resserrée autour de 1 514 nouveaux « quartiers prioritaires » (QPV) sur la base d’un critère unique de revenus. Les nouveaux quartiers prioritaires recouvrent, par construction, les territoires où la pauvreté monétaire est particulièrement intense et concentrée. Un habitant sur quatre de ces quartiers prioritaires appartient à un ménage qui déclare un revenu par unité de consommation inférieur à 4 600 € par an contre 12 600 € pour l’ensemble de la France métropolitaine.
Les nouveaux quartiers de la Politique de la Ville concentrent des populations
plus fragiles encore sur le plan social et économique que celles des 3 021 anciens
quartiers (717 ZUS et 2 304 CUCS). La part des ménages à « faibles revenus » est
de 31,4 % dans les nouveaux quartiers prioritaires, contre 26,1 % dans les anciennes
ZUS et 8,1 % pour la France métropolitaine dans son ensemble.
Par ailleurs, les quartiers prioritaires rassemblent près de 1,4 million de foyers allocataires des Caf, soit les deux tiers des habitants en Politique de la Ville (68 %, contre 45 % à l’échelle
métropolitaine). Selon l’Insee, plus du quart de la population y perçoit au moins une
allocation chômage (9 points de plus que la moyenne). Le taux de chômage des 15-64
ans atteint 26,7 % contre à peine 10 % dans le reste des agglomérations environnantes.
On compte 15,3 % de familles monoparentales en QPV contre 7,7 % à l’échelle
de la France métropolitaine.

La situation des populations des nouveaux quartiers prioritaires est bien plus fragile que
celle de l’ensemble des habitants des autres quartiers des agglomérations englobantes, notamment en termes de configuration familiale, de conditions de logement et de situation vis-à-vis de l’emploi) 4.4 Millions de personnes vivent dans ces quartiers dont 38% sous le seuil de pauvreté, contre 14% de la population générale; mais cela signifie aussi que la grande majorité des pauvres vit hors de ces  quartiers puisqu'on compte selon le seuil choisi (50 ou 60% du revenu médian) 5.5 M ou 8.8 M; de pauvres en France.

L’aspiration à la mobilité est particulièrement forte chez les ménages résidant en
Zones urbaines sensibles (ZUS; devenus QPV). En 2013, 41 % de ces ménages ont déclaré vouloir changer de logement, contre 22 % parmi les ménages hors ZUS. De fait, les
ménages en ZUS sont trois fois plus nombreux à considérer que leurs conditions
de logement actuelles sont insuffisantes (15 % contre 5 % des ménages en France).

(...) Seules les personnes disposant de ressources significatives semblent autorisées à poursuivre ailleurs leur parcours. Même dans le cadre du PNRU (Programme national de rénovation urbaine), la mobilité vers d’autres territoires est restée relativement limitée : d’après une enquête de l’ANRU en 2015, 47 % des ménages relogés sont relogés sur site, 13 % hors site en ZUS, 29 % relogés hors ZUS dans la commune, 7 % hors ZUS dans l’agglomération et 4 % hors de l’agglomération. De fait, l’essentiel de l’offre en logements accessibles pour les ménages les plus modestes se situe sur ces territoires. Le parc Hlm y est particulièrement présent (d’après l’enquête Logement de 2013, les ZUS comptent
64 % de ménages locataires du parc social, contre 17 % en moyenne sur l’ensemble
du territoire), avec des niveaux de loyer plus faibles que dans les autres territoires
(5,07 euros/m2 en ZUS, contre 5,67 euros/m2 sur le reste du territoire). En
l’absence de construction d’une offre réellement accessible dans l’ensemble des
territoires, les quartiers d’habitat populaire se sont spécialisés dans l’accueil d’une population très fragile et sont devenus de véritables « territoires de relégation » pour les ménages modestes. Le sentiment d’« assignation à résidence » qui en découle constitue pour la Fondation Abbé Pierre une forme particulière de mal-logement.

Les rapports successifs de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles
(ONZUS devenu en 2015 l’Observatoire national de la politique de la ville) font apparaître la grande fragilité des habitants dans ces territoires très ségrégés
: 38,4 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2012

(soit 3,1 fois plus que sur le reste du territoire), un tiers des allocataires des ZUS
percevaient le RSA en 2013 (contre 18,4 % sur l’ensemble du territoire métropolitain)
et le taux de couverture de la CMUC y était de 21,7 % (contre 7,2 % pour
l’ensemble du territoire)107. Le rapport 2012 de l’Onzus indiquait par ailleurs que
les nouveaux arrivants dans le parc Hlm des ZUS avaient des revenus
inférieurs de 26 % à ceux des locataires en place (contre 18 % dans le parc
Hlm hors ZUS). Les inégalités se sont même creusées au fil des années, notamment
parce que les ZUS ont été plus fortement frappées par la crise économique : le taux d’emploi des 15-64 ans a fortement reculé entre 2007 et 2012 (de 52,1 % à
45,9 %) tandis qu’il restait stable dans les agglomérations englobantes (de 63,7 %
à 64 %)108. Même pour les plus diplômés, les chances d’être en emploi en ZUS sont
plus faibles en 2012 qu’en 2007.

 

 

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