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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Aux Etats-Unis, les républicains s’attaquent à la déségrégation scolaire

Publié par philippe piercy sur 21 Mars 2017, 09:52am

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

Philadeplphie: Nora Nafaa, « Quand l’éducation fait son marché : ségrégation, marchandisation et néolibéralisation. L’exemple de Philadelphie », Géoconfluences, 2016, mis en ligne le 15 avril 2016. URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/etats-unis-espaces-de-la-puissance-espaces-en-crises/articles-scientifiques/education-marche-philadelphie
Philadeplphie: Nora Nafaa, « Quand l’éducation fait son marché : ségrégation, marchandisation et néolibéralisation. L’exemple de Philadelphie », Géoconfluences, 2016, mis en ligne le 15 avril 2016. URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/etats-unis-espaces-de-la-puissance-espaces-en-crises/articles-scientifiques/education-marche-philadelphie

Philadeplphie: Nora Nafaa, « Quand l’éducation fait son marché : ségrégation, marchandisation et néolibéralisation. L’exemple de Philadelphie », Géoconfluences, 2016, mis en ligne le 15 avril 2016. URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/etats-unis-espaces-de-la-puissance-espaces-en-crises/articles-scientifiques/education-marche-philadelphie

Dans Le Monde du 22/3/17, un article de N. Bourcier sur l'évolution du "busing" aux EU, mis en place dans les années 70, contesté par certains et efficaces selon bien des indicateurs. Extraits:

les sénateurs du Kentucky ont rejeté in extremis, après des semaines de polémiques, une loi mettant fin au système du busing. Depuis les années 1970, cette organisation du transport scolaire vise à promouvoir la mixité sociale et raciale au sein des établissements de sa ville de Louisville.
(...)
La loi, baptisée HB 151, visait à remplacer l’actuel système d’attribution des établissements scolaires au profit d’une affectation en fonction de critères purement géographiques. Une façon de regrouper les élèves, soulignent ses opposants, en fonction de leur niveau de vie et de leur couleur de peau.
(...)

La loi HB 151 n’est pas la première tentative de supprimer les mesures en faveur de la mixité sociale et raciale dans les établissements scolaires publics. Depuis son introduction en 1971, plusieurs villes comme Charlotte (Caroline du Nord), Denver (Colorado), San Francisco (Californie) et Seattle (Etat de Washington) ont abandonné le busing, principalement pour des raisons budgétaires. Les violences du Ku Klux Klan – des dizaines de bus scolaires incendiés – ont obligé certains élus à faire machine arrière.

Dans les années 1980, la vague de déségrégation a même connu un net reflux. Le président Ronald Reagan affirmait alors que le busing emmenait « des enfants innocents loin de leur école de quartier pour en faire des pions dans un laboratoire d’expérimentation sociale dont personne ne voulait ». Plus récemment, la Cour suprême des Etats-Unis a rendu plusieurs avis négatifs sur les modes d’affectation dans les écoles mis en place par les autorités locales.

Mais la HB 151, au-delà de la lumière crue qu’elle jette sur la division historique entre partisans et opposants de la mixité scolaire, révèle avec une acuité nouvelle les tensions du moment.

(...)

Deux tiers des élèves de Louisville sont issus de familles à faibles revenus. Près de la moitié sont blancs, 37 % noirs et 9 % hispaniques. La très grande majorité des écoles satisfont aux critères de diversité du district, qui sont déterminés d’après des calculs complexes.

Plus de 85 % des élèves de la ville sont inscrits dans des écoles où ni les Blancs ni les Noirs n’excèdent les trois quarts du nombre total des élèves. D’après les statistiques locales, les élèves issus des quartiers pauvres inscrits dans les écoles mixtes obtiennent des notes supérieures à ceux qui sont restés dans les établissements de leur quartier. Avec la loi HB 151, plus de la moitié des élèves auraient dû changer d’école.

« A Louisville, nous avons la diversité et le choix », assure Chris Burba, le principal de Meyzeek, un collège situé au cœur de Smoketown, quartier noir historique de la ville. Il reconnaît que l’on pourrait encore améliorer certains temps de trajet en bus, réduire quelques coûts, « mais la HB 151 va dans un sens totalement différent : elle limitera le choix des étudiants dans leurs options et donc dans leur formation ». 

Meyzeek compte 1 140 élèves. Près de 30 % sont noirs, 45 % blancs, 3 % hispaniques et 22 % « autres ». La fin du busing entraînerait une augmentation de 44 % à 79 % des élèves issus de familles à bas revenus. Et le nombre d’étudiants non-blancs passerait de 55 % à 77 %.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/03/21/aux-etats-unis-les-republicains-s-attaquent-a-la-desegregation-scolaire_5097966_3222.html#RY7I7o1bvcKC6MKI.99

 

Sur le sujet de l'éducation et des discriminations socio-spatiales aux EU, voir l'article de  Nora Nafaa, « Quand l’éducation fait son marché : ségrégation, marchandisation et néolibéralisation. L’exemple de Philadelphie », Géoconfluences, 2016, mis en ligne le 15 avril 2016.
URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/etats-unis-espaces-de-la-puissance-espaces-en-crises/articles-scientifiques/education-marche-philadelphie

réflexion fort utile sur la portée des mesures de libéralisation en matière de choix scolaires: extraits:

La répartition des élèves entre les différentes écoles publiques se fait aujourd’hui selon un principe de sectorisation. Le district scolaire de Philadelphie a mis en place pour chacun des niveaux scolaires une carte scolaire qui indique aux parents dans quelle école leurs enfants doivent aller. Elle est disponible sur internet [6] . Au cas où les parents souhaitent sélectionner une école hors de leur secteur, ils doivent contacter cette école et y postuler. Si l’école a des places disponibles, elle peut inscrire l'élève. Dans un contexte de ville rétrécissante dont la population diminue, la plupart des écoles publiques ont des places disponibles. Elles sont aussi très intéressées à accueillir de nouveaux élèves car leur financement est calculé selon le nombre d’élèves. Les parents s'informent de la géographie de l’éducation dans le district par les données disponibles en ligne.
Cependant, c’est un pseudo-libre choix scolaire pour plusieurs raisons. D’une part, les écoles d’un même quartier ont souvent les mêmes résultats scolaires. Or, pour envisager de scolariser ses enfants dans une autre partie de la ville, il faut emprunter les transports en commun ou bien conduire les enfants à l’école en voiture, ce qui est difficile lorsque les deux parents travaillent ou lorsqu’il s’agit de familles monoparentales, plus nombreuses dans les quartiers les plus pauvres. D’autre part, les écoles les plus performantes sont souvent déjà complètes. Il est difficile d’intégrer les écoles de quartiers prisés. Les différents entretiens réalisés sur le terrain ont permis d’identifier des pratiques de tri des élèves par les écoles. Officiellement, le tri est fait selon le niveau de l’élève et son projet éducatif, mais il est de fait, souvent corrélé à l’appartenance raciale et sociale de la famille.

La dérégulation complexe de l’espace scolaire qui résulte de ces différentes recompositions du système éducatif loin de conduire à la mobilité affichée par les discours politiques, a pour effet de renforcer les indicateurs de difficultés sociales, notamment dans les deux ghettos historiques de la ville que sont North Philadelphia et West Philadelphia. (...)

Conclusion : des élèves laissés pour compte

La ségrégation raciale aux États-Unis a été le moteur de recompositions territoriales importantes, qu’il s’agisse de migrations de populations noires des États du Sud vers les villes du Nord ou de celles des populations blanches des cœurs urbains vers les banlieues. Les politiques de déségrégation scolaire, menées des années 1960 aux années 1980, ont montré leurs limites dans un pays marqué par la mobilité résidentielle et scolaire des Blancs et des catégories sociales supérieures minorant l’effet des politiques publiques. Depuis le début des années 2000, à la nécessité de réduire la ségrégation scolaire s’est ajoutée la prise en compte de l’éducation comme élément central des politiques urbaines. Au même titre que l’aménagement des centres d’affaires, l’attraction de certaines catégories sociales, l’éducation est un élément d’attractivité et de recomposition des espaces urbains à l’œuvre dans nombre de projets urbains néolibéraux.

 

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