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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Crise sociale en Guyane: les inégalités au premier plan.

Publié par philippe piercy sur 28 Mars 2017, 09:20am

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

inégalités de revenus: DROM et métropole (source INSEE)
inégalités de revenus: DROM et métropole (source INSEE)

inégalités de revenus: DROM et métropole (source INSEE)

Dans le Monde du 27/3 http://abonnes.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/03/27/les-chiffres-cles-pour-comprendre-la-situation-en-guyane_5101585_4355770.html

les données socio-économiques très défavorables de la Guyane, aggravées par des caractères géographiques spécifiques (frontières terrestres avec des pays pauvres, sous-équipement et enclavement de l'intérieur par rapport au littoral). extraits:

"Avec 3 habitants au kilomètre carré, la Guyane a la densité de population la plus faible de France après Mayotte. Mais la population y augmente beaucoup plus vite qu’en métropole : 2,8 % par an depuis 2006, contre 0,5 % dans l’Hexagone. Les Guyanais sont ainsi deux fois plus nombreux qu’en 1990.

Conséquence du nombre élevé de naissances (plus de 3,5 enfants par femmes contre 1,98 en métropole), les moins de 20 ans représentent 43 % de la population (24 % en métropole). Ils sont aussi les plus touchés par la précarité économique : 40 % des 15-24 ans sont au chômage. Pour ces jeunes, les grévistes réclament des mesures en faveur de l’accès à l’éducation : la moitié seulement des 15-24 ans est scolarisée (60 % en métropole), seuls 12 % d’entre eux ont le baccalauréat et ils sont plus d’un quart à présenter de graves difficultés de lecture (4 % en métropole).

La population guyanaise se caractérise également par sa précarité, supérieure à celle observée en métropole. Selon l’Office de l’eau en Guyane, 46 000 personnes n’ont pas d’accès direct à un service d’eau potable. Le taux de chômage global est de 22,3 %, soit plus de deux fois plus que sur le territoire métropolitain. Le revenu annuel moyen du département d’outre-mer est inférieur de plus de 44 % à celui de l’Hexagone et on compte près de quatre fois plus de bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) et de la couverture maladie universelle (CMU) complémentaire. Cette dernière permet un remboursement intégral des dépenses de santé pour les foyers disposant, par exemple, de moins de 2 000 euros mensuels pour 5 personnes.(...)

les prix à la consommation y sont supérieurs de près de 12 % à ceux de la métropole. Cet écart s’est réduit depuis 2010 mais il reste considérable sur les produits alimentaires (45 % plus chers en Guyane qu’en France métropolitaine) et sur les logements (20 % plus chers).

Pour les biens de consommation, ce « surcoût » s’explique principalement par deux facteurs : un marché local peu développé et une taxation importante des produits importés. Ces derniers sont notamment soumis à la taxe de « l’octroi de mer », qui vise à protéger le marché local contre la concurrence des productions extérieures mais renchérit le coût de la vie. (...)

 
la Guyane compte moitié moins de médecins généralistes que la métropole ; près de 4 fois moins pour les médecins spécialistes. Le département dispose de deux centres hospitaliers et de deux maternités, mais les disparités sont fortes. Un cinquième de la population est à plus de 30 minutes d’un service d’urgence. Un rapport de l’Insee de 2014 soulignait que certaines femmes étaient à plus de 400 kilomètres d’une maternité, et devaient parfois s’y rendre en pirogue. En effet, les inégalités sont amplifiées par le mauvais état de nombreuses infrastructures routières : 7 communes sur 22 sont inaccessibles par la route et leurs habitants ne peuvent se rendre aux urgences que par hélicoptère. (...)
La Guyane est l’un des départements français les plus touchés par l’insécurité. Les chiffres témoignent notamment d’une violence plus importante qu’en métropole : en 2016, le ministère de l‘intérieur y a recensé près de 3 fois plus de violences volontaires, 4 fois plus de vols violents sans arme et 13,5 fois plus de vols avec arme. (...)

La situation migratoire s’ajoute à ces difficultés. La Guyane est le seul DOM-COM français habité à ne pas être une île, et le seul territoire de la France et de l’Union européenne à avoir une frontière terrestre avec des pays d’Amérique latine. Elle exerce ainsi une forte attractivité économique et sociale, notamment pour les Haïtiens, les Brésiliens et les Surinamais.

En conséquence, le département a enregistré plus de 40 % des demandes d’asile reçues par la France dans l’outre-mer en 2013. La population de nationalité étrangère représente 35 % de la population totale. C’est moins qu’à Mayotte (40 %) mais beaucoup plus qu’en métropole (6,4 %)."


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/03/27/les-chiffres-cles-pour-comprendre-la-situation-en-guyane_5101585_4355770.html#DO7U2xeok7RruJ9B.99

 

Sur les explications de cette situation plusieurs pistes proposées par Hervé Théry (http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2017/03/27/guyane-il-faudra-reduire-outre-le-probleme-economique-celui-de-la-division-sociale-et-ethnique-selon-le-geographe-herve-thery_5101464_3224.html

La Guyane est-elle à vos yeux un territoire oublié de la République ?

Non, car la Guyane est très soutenue par la métropole, au point que son économie est très fortement dépendante des transferts venus de celle-ci. Les activités productives de la Guyane restent très limitées, elle importe pratiquement tout, nourriture comprise. Mais elle se trouve dans une situation globale bien meilleure que ses voisins, il suffit pour s’en convaincre de comparer sa situation à celle des deux autres Guyanes, le Suriname (ex-Guyane hollandaise) et le Guyana (ex-Guyane britannique), ou avec l’Etat brésilien voisin, l’Amapa, où le salaire minimum mensuel est de 937 reais (340 euros). (...)

 

Que répondre à Marine Le Pen, qui prétend que l’immigration clandestine est responsable de la crise en Guyane ?

Les causes principales sont autres, elles résident dans cette dépendance historique envers la métropole. Depuis le XVIIe siècle, toutes les tentatives menées pour doter la colonie, puis le département, d’une économie viable ont échoué.

 

Que faudrait-il faire selon vous pour remédier aux maux dont souffre la Guyane ?

Ce serait prétentieux de ma part de vouloir résoudre un problème sur lequel tout le monde s’est jusqu’à présent cassé les dents. Mais il est évident qu’il faudra réduire, outre le problème économique, celui de la division sociale et ethnique de la Guyane.

Les « créoles » (Français autochtones, en général descendants métissés des colons français et de leurs esclaves africains), sont la communauté la plus nombreuse (même si le poids relatif de ce groupe ne cesse de décliner). Ils représentaient 75 % de la population dans les années 1970, ils ne sont plus désormais que la plus nombreuse des minorités qui forment la Guyane. Ils ont acquis le pouvoir politique de manière presque exclusive alors que le pouvoir administratif, militaire et technique reste largement entre les mains des « métros » (Français venus de métropole pour un séjour de quelques années).

Les relations entre les uns et les autres sont souvent tendues, les créoles entretenant des relations très ambiguës d’amour et de haine avec la métropole dont ils attendent beaucoup, notamment sur le plan financier. De leur point de vue, ces demandes sont justifiées en tant que réparation du préjudice subi par leurs ancêtres du temps de l’esclavage, même s’ils ressentent assez mal leur dépendance vis-à-vis de Paris.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/03/27/guyane-il-faudra-reduire-outre-le-probleme-economique-celui-de-la-division-sociale-et-ethnique-selon-le-geographe-herve-thery_5101464_3224.html#3DjmTxtu1SA7fxDC.99

 

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