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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Dharavi, méga- ou anti-bidonville?

Publié par philippe piercy sur 6 Mars 2017, 10:18am

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

Sur le blog "La vie des idées", par le lien http://www.laviedesidees.fr/Economie-d-un-mega-bidonville.html

le compte rendu éclairant, par J. Galonnier, d'un ouvrage collectif sur le méga-bidonville (800 000 hab, la moitié "intouchables") de Dharavi, emblématique de Mumbai. extraits:

L’un des principaux apports de l’ouvrage est l’étude de Dharavi en tant que forme urbaine spécifique, le méga-bidonville. Par son statut de bidonville, soit une zone illégalement occupée, Dharavi se situe en marge de la société. C’est un espace d’exclusion, interstitiel. Cependant, il s’agit aussi d’une entité spatiale énorme, regroupant des centaines de milliers d’individus, comme en témoignent les superlatifs excessifs souvent mobilisés à son sujet. S’inspirant des travaux de l’école de Chicago, Saglio-Yatzimirsky analyse la façon dont l’espace est structuré au sein du méga-bidonville, et trouve de l’organisation là où le sens commun ne voit que chaos et anarchie. (...)

Le livre démontre que les attributions professionnelles liées aux castes sont devenues plus flexibles grâce aux opportunités économiques offertes par le bidonville. Certains individus ont également pu faire l’expérience d’une mobilité sociale ascendante au moyen de l’éducation, de l’engagement politique ou de l’accès à la propriété, perturbant ainsi les hiérarchies religieuses établies. Enfin, la popularité du cuir produit à Dharavi a permis aux intouchables travaillant dans ce secteur de revendiquer le statut d’artisans, plus noble et reconnu. (....)

L’auteure explique comment les ateliers de production du cuir à Dharavi, qui appartiennent de façon écrasante au secteur informel (entreprises employant moins de 20 travailleurs et échappant de ce fait à la législation du travail), se sont progressivement adaptés au marché. Tout en résistant aux logiques contractuelle et rationnelle (pas de comptabilité, pas de statistiques), cette petite industrie traditionnelle s’est avérée très compétitive pour l’économie globale : les artisans de Dharavi travaillent désormais sous contrat pour de grandes entreprises du secteur formel et leurs articles se vendent dans de nombreux showrooms à Mumbai, dans des boutiques de luxe et même à l’international. La dimension économique est ainsi, d’après les mots de l’auteure, la raison d’être de Dharavi. Allant à l’encontre des stéréotypes sur les bidonvilles, l’ouvrage démontre que Dharavi ne se caractérise absolument pas par une économie insulaire : au contraire, le bidonville est très bien connecté aux circuits économiques régionaux et internationaux. (...)

Un triple enjeu politique:

Le bidonville constitue d’abord un gigantesque réservoir de voix électorales. Depuis sa reconnaissance officielle par les autorités municipales, certains de ses habitants sont devenus des électeurs à part entière. Le bidonville fait désormais partie de l’échiquier électoral Mumbaikar et les partis politiques se livrent une compétition féroce pour gagner les faveurs de ses habitants.

Ensuite, la situation géographique de Dharavi en fait un emplacement immobilier potentiellement très lucratif. La ville de Mumbai continuant de s’étendre vers le nord, le bidonville est progressivement devenu un quartier central, une situation embarrassante pour les autorités municipales et les constructeurs privés qui veulent faire de Mumbai une ville de classe mondiale.(...)

Enfin, dans le cadre du DRP, les habitants de Dharavi ont fait preuve d’une capacité de mobilisation insoupçonnée. En effet, le plan recourait à une approche par le haut (top-down) sans aucune consultation citoyenne. Ensuite, il ne promettait de reloger que ceux qui auraient pu prouver leur inscription sur les listes électorales avant 2000. Enfin, et le plus important pour l’auteure, il ignorait complètement la spécificité du mode d’habitat de Dharavi, où les espaces résidentiels et productifs sont souvent les mêmes. Oubliant cette dimension cruciale, le projet signait la fin de la dynamique industrie locale que le livre s’attache à décrire. La mobilisation sans précédent des habitants contre le plan a cependant été un succès, puisque le DRP a été suspendu en 2009, dans l’attente d’un meilleur projet.

Juliette Galonnier, « Économie d’un méga-bidonville », La Vie des idées , 22 janvier 2014. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Economie-d-un-mega-bidonville.html

 

Dharavi, méga- ou anti-bidonville?
Dharavi, méga- ou anti-bidonville?

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