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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Une photo pour penser les inégalités

Publié par philippe piercy sur 6 Mars 2017, 10:06am

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

Tuca Vieira

Tuca Vieira

	  ©Hervé Théry 2014

©Hervé Théry 2014

Dans la revue en ligne Justice spatiale Spatial Justice 7/2015 un commentaire d'H. Théry sur une image devenue iconique des contrastes sociaux urbains au Brésil; genèse, devenir, et réalités sous jacentes à cette image, à lire et à regarder avec d'autres photographies de Tuca Vieira sur http://www.jssj.org/article/une-photo-pour-penser-les-inegalites/

extraits:

Profitons à notre tour de l'anecdote pour pousser la réflexion. La photo a été prise à Paraisópolis, un bidonville de São Paulo enclavé dans le quartier chic de Morumbi, où se situe le palais du gouverneur de l´'État.

La favela Paraisópolis[2] est située dans la zone sud de la ville de São Paulo, dans le district de Vila Andrade, et compte une population de plus de 60 000 habitants sur 118 hectares selon le recensement des « Aglomerados Subnormais » (agglomérations subnormales, euphémisme pour favela ou bidonville) de l'IBGE, l'Institut Brésilien de Géographie et Statistique. Elle est issue d'un lotissement destiné à accueillir des maisons pour classes supérieures lancé en 1921, résultat de la division de l'ancienne fazenda Morumbi en 2 200 lots de 10 m x 50 m.

Favela Paraisópolis[2] is located on the south of the city of São Paulo, in the Vila Andrade district, and has over 60.000 inhabitants within its 118 hectares according to the census of « Aglomerados Subnormais » (abnormal agglomerations, a euphemism for favela or slum) of the IBGE, the Brazilian Institute of Geography and Statistics. It was initially planned for upper-class housing in 1921, when the former Morumbi fazenda was split into 10 by 50 meters[3] plots.

Dans les années 1950 ont commencé les « invasions » de lots, restés vides dans ce quartier semi-rural, par des familles à faible revenu, en majorité des migrants du Nordeste (la région la plus pauvre du pays), attirés par la possibilité de trouver des emplois dans le bâtiment dans une ville alors en pleine expansion  : sa population est passée de 2,2 millions d'habitants en 1950 à 3,8 millions en 1960 (4,7 pour l'agglomération, dite Région métropolitaine de São Paulo). On notera que la commune comptait plus de 11 millions d'habitants au recensement de 2010 (19,6 pour l'agglomération), contre 31 385 habitants au premier recensement fiable, en 1872, ayant donc multiplié sa population par 358 en 138 ans

En raison de l'indifférence des pouvoirs publics et des difficultés de la régularisation foncière, la favela comptait déjà 20 000 habitants en 1970. Au même moment, de nouveaux quartiers aisés et des condominiums de luxe ont été créés autour des zones d'invasion, souvent construits par les résidents de Paraisópolis.

The favela itself, disregarded by city authorities and struggling to gain legal status, had 20.000 inhabitants by 1970. Well-to-do neighbourhoods and luxury condos were springing up around it, often built by workers from Paraisópolis.

Paraisópolis a une forte densité de population, 1 000 habitants par hectare. Seulement 25% de cette population vit dans des maisons disposant d'accès aux égouts, la moitié des rues ne sont pas goudronnées et 60% utilisent des moyens illicites pour obtenir de l'électricité. On dispose de bien d'autres informations détaillées sur le portail statistique et visuel de l'IBGE à propos des aglomerados subnormais

Tuca Vieira lui-même note que si sa photo a attiré l'attention sur cette favela, elle ne représente qu'une partie des violents contrastes qui marquent la ville de São Paulo : « À la limite, cette photo du bidonville de Paraisópolis […] ne montre pas exactement les choses comme elles sont. Ce ne sont pas les plus riches qui vivent dans ce bâtiment avec piscines, ils ne vivent pas collés aux plus pauvres, qui d'ailleurs n'habitent pas Paraisópolis. La puissance symbolique et didactique de l'image l'emporte avec sa grammaire visuelle simple ».

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