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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Brésil : la justice suspend l’autorisation d’exploiter une réserve d’Amazonie et l'IBAMA rejette le dossier de Total sur les forages au large de l'Amazone

Publié par philippe piercy sur 30 Août 2017, 21:05pm

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

Brésil : la justice suspend l’autorisation d’exploiter une réserve d’Amazonie et l'IBAMA rejette le dossier de Total sur les forages au large de l'Amazone
Brésil : la justice suspend l’autorisation d’exploiter une réserve d’Amazonie et l'IBAMA rejette le dossier de Total sur les forages au large de l'Amazone

Dans Le Monde du 30/08/2017 et dans celui du 2/9/2017 Claire Gatinois commente  l'annonce d'une décision judiciaire illustrant les conflits entre l'exécutif et les groupes sociaux mais aussi le pouvoir judiciaire à propos des zones protégées amazoniennes notamment: extraits:

La justice brésilienne a suspendu mercredi 30 août un décret ayant abrogé le statut d’une gigantesque réserve naturelle d’Amazonie pour y autoriser l’exploitation minière privée. Décidé par le président conservateur Michel Temer, le 24 août, le texte avait déclenché les foudres des défenseurs de l’environnement au Brésil comme à l’étranger.

L’injonction du tribunal fédéral de Brasilia, signée par le juge, suspend « toute éventuelle mesure administrative fondée sur le décret » ayant abrogé la réserve de Renca, grande comme le Danemark, située à cheval entre les Etats brésiliens du Para et d’Amapa, dans le Nord du pays.

Embarrassé, M. Temer a supprimé le premier décret mais l’a aussitôt remplacé par un autre, publié le 28 août, d’une teneur identique, tout en assurant que l’exploitation privée ne porterait pas préjudice aux réserves naturelles protégées ni aux territoires indigènes de la Renca. « Un simple habillage », persifle Osnilda Lima, de la commission épiscopale pour l’Amazonie.

La Réserve nationale du cuivre et associé (Renca) a été créée sous la dictature, en 1984, à l’époque motivée par le nationalisme économique du régime militaire. La réserve préservait les richesses minérales de la voracité des multinationales. Seule une compagnie publique dépendante du ministère des mines et de l’énergie était autorisée à effectuer des recherches pour l’exploitation minière.

A la suite de la décision de Michel Temer, les critiques avaient rapidement fusé, au Brésil comme à l’étranger. Des ONG de défense de l’environnement, des partis politiques, des célébrités, comme Leonardo DiCaprio, et même le clergé catholique, s’étaient notamment inquiétés de l’aggravation de la déforestation, du recul de la biodiversité, et des risques pour les ethnies indigènes vivant sur place.

Cette réserve comprend, entre autres, neuf zones protégées en raison de la richesse de sa biodiversité, ainsi que des territoires des tribus indiennes Aparai, Wayana et Wajapi.

« C’est la pire attaque contre l’Amazonie des cinquante dernières années. Même la dictature militaire n’avait osé aller aussi loin », avait fulminé le sénateur Randolfe Rodrigues, du parti de gauche Rede, promettant d’aller devant les tribunaux pour tenter d’annuler le décret. Ce dernier avait aussi été critiqué au sein même du gouvernement conservateur.

(M. Temer) avait tenté de se justifier, expliquant que le nouveau statut de Renca permettrait d’encadrer l’exploitation pour éviter « les dégradations causées par les activités minières clandestines (…) afin de favoriser un développement durable de l’Amazonie ».

Confronté à une crise sans précédent, avide de capitaux étrangers et complaisant avec les industriels miniers, le gouvernement de Michel Temer n’a pas hésité à inclure, dans un vaste programme de privatisations, ce pan de l’Amazonie. « L’endroit n’était pas un paradis », a alors justifié la présidence de la République, évoquant la présence de garimpeiros (« prospecteurs ») illégaux.

« Il existe aujourd’hui près de vingt-huit pistes d’atterrissage clandestines et mille personnes pratiquant la prospection illégale, et sans décret, il est impossible d’agir dans cette zone », a ajouté le ministre des mines et de l’énergie, Fernando Coelho Filho, au risque de mettre en évidence l’incurie de l’Etat, incapable de protéger la zone des déforestateurs.

La suspension, mercredi, du décret polémique a été motivée par des raisons constitutionnelles et par la défense de l’environnement.

Le magistrat Spanholo a expliqué que le décret « n’[avait] pas été précédé de la nécessaire autorisation du Congrès, comme l’exige l’ordre constitutionnel en vigueur » et qu’il pourrait « mettre en danger la protection de l’environnement (…) et des communautés indigènes locales », validant ainsi les critiques des opposants.

Reste ce désaveu qui masque mal l’inconfort du président Michel Temer. « Un homme vendu au lobby des propriétaires terriens », accuse Bruno Milanez. S’arrogeant le costume de l’homme providentiel capable de réformer un pays au bord du chaos lors de son arrivée au palais présidentiel en 2016, après l’impeachment de Dilma Rousseff, Michel Temer est désormais à bout de souffle. Impopulaire, suspecté de corruption, menacé par la justice, il a perdu la plupart de ses soutiens au Parlement.

Pour tenter de gouverner malgré tout, il glane les appuis parmi ce que les Brésiliens qualifient de « bas clergé », ces députés et sénateurs appartenant à des petits partis sans foi ni loi, dont les intérêts rejoignent souvent ceux de l’agronégoce, de l’industrie minière ou forestière, les « ruralistas ». Cet appui se monnaye par des faveurs. Ainsi, pour échapper à une demande de mise en accusation qui aurait pu conduire à la suspension de son mandat, Michel Temer a, au début du mois d’août, ouvertement débloqué des budgets millionnaires et des amendements visant à satisfaire les « ruralistas ».

Sonia Ara Mirim, 42 ans, fait partie des victimes de cette inquiétante dérive. A Sao Paulo, mercredi 30 août, cette Indienne du peuple Guarani, cacique de son village sur le territoire Jaragua dans l’Etat de Sao Paulo, est venue manifester contre « ce président qui méprise les indigènes ». En 2015, après des années de lutte, les 700 Guarani de Jaragua, réduits à vivre sur 1,7 hectare depuis 1987, avaient obtenu l’extension de leurs terres à plus de 500 hectares.

Mais le 21 août, le ministère de la justice a annulé cette décision. « Pour satisfaire des propriétaires terriens », pense Sonia Ara Mirim. « Dilma Rousseff avait déjà une relation étroite avec l’agronégoce. Michel Temer ne fait que confirmer ce penchant, et il est encore pire », souligne Bruno Morais, avocat des Guarani.

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/08/30/bresil-la-justice-suspend-l-autorisation-d-exploiter-une-reserve-d-amazonie_5178729_3222.html#8ARCPCvkA2dWx20s.99

 

Dans le Monde du 31/08, un dossier comparable sur les forages pétroliers au large de l'estuaire de l'Amazone:

Ce n'est pas un coup d'arrêt définitif, mais la semonce est sérieuse. L'agence environnementale brésilienne, Ibama, vient de rejeter, mardi 29  août, le dossier de la compagnie Total pour l'obtention de permis de forage au large des côtes brésiliennes, non loin de l'embouchure de l'Amazone.

Pour les autorités brésiliennes, la compagnie pétrolière française n'aurait pas apporté de réponses satisfaisantes aux questions posées sur les risques environnementaux du projet, en particulier celui de marée noire qui pourrait être provoquée par un accident sur l'une des plates-formes que Total compte implanter à quelque 120 à 180  kilomètres des côtes de l'Amazonie, à la limite des eaux territoriales de la Guyane française, pour une prospection puis une possible exploitation à des profondeurs variant de 200 à 3 000 mètres.

Le projet menacerait les côtes, la mangrove et la forêt, riches d'une biodiversité exceptionnelle, la pêche des populations autochtones, mais aussi un récif corallien dont l'existence, inattendue, a été mise au jour en  2016 et récemment révélée par une expédition menée par des scientifiques brésiliens et l'organisation Greenpeace, engagée dans la défense des " coraux de l'Amazone ".

La menace d'annulation des permis, alors que la concession a été accordée à Total, ainsi qu'aux compagnies anglaise BP et brésilienne Petrobras, en  2013, est sérieuse. Dans un communiqué publié mardi, la présidente d'Ibama, Suely Araujo, rappelle que l'agence qui dépend du ministère de l'environnement a demandé par trois fois des compléments de l'étude environnementale fournie par Total en  2015. " Si l'investisseur ne répondait pas aux points soulevés par l'équipe technique, la procédure de licence serait arrêtée ", menace la responsable brésilienne.

http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2017/08/30/le-bresil-envisage-d-annuler-un-projet-de-total-qui-pourrait-menacer-ses-cotes_5178481_3244.html

 

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