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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


L'alarmante pollution des rivières par les médicaments (Le Monde 03/02/09)

Publié par philippe piercy sur 3 Février 2009, 20:11pm

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

aut-il avoir peur de l'eau ? Celle qui coule dans les rivières et rejoint les océans ou les nappes phréatiques. Celle qui abreuve les cheptels et irrigue les cultures. Celle, même, que nous buvons au robinet...

En jetant l'anathème, début janvier, sur la pilule contraceptive, accusée d'avoir "des effets dévastateurs sur l'environnement", du fait des hormones relâchées dans la nature via les urines de ses utilisatrices, le Vatican cherchait le diable là où il n'est pas. Pourquoi excommunier la pilule, plutôt que les innombrables polluants - pesticides, détergents, solvants, hydrocarbures, métaux - qui souillent les cours d'eau ? De bonne ou de mauvaise foi, l'Eglise catholique n'en soulève pas moins un problème réel, dont commencent à se préoccuper scientifiques et autorités sanitaires : celui de la contamination des eaux par les résidus médicamenteux.


Des chercheurs canadiens de l'université de Montréal viennent ainsi de mettre en évidence, dans le fleuve Saint-Laurent, de faibles concentrations de molécules utilisées contre le cholestérol, l'hypertension ou le cancer. Une "pharmacie à ciel ouvert", rapporte Radio-Canada.

De nombreuses études, aux Etats-Unis, au Brésil, en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne, en Finlande ou en France, décrivent des situations similaires. "La présence de traces de substances médicamenteuses ou de leurs dérivés a été largement établie à l'échelle mondiale, en particulier dans les eaux superficielles et souterraines, dans les eaux résiduaires, dans les boues des stations d'épuration utilisées en épandage agricole et dans les sols", souligne l'Académie nationale de pharmacie française dans un rapport rendu à l'automne 2008. Toutes les eaux sont contaminées, y compris celles "destinées à la consommation humaine". L'origine de cette pollution est double. Elle provient, d'une part, des urines et des selles humaines - ainsi que de celles des animaux de compagnie - évacuées dans les eaux domestiques, où se retrouvent aussi des médicaments non utilisés dont, malgré les systèmes de collecte, une partie est directement jetée dans les toilettes ou les égouts. Elle résulte, d'autre part, des rejets de l'industrie chimique et pharmaceutique, des élevages industriels d'animaux et des piscicultures - gros consommateurs d'antibiotiques et d'hormones de croissance -, mais aussi, paradoxalement, des hôpitaux.

Ces derniers, qui utilisent en grande quantité non seulement des médicaments, mais aussi des molécules de diagnostic et des réactifs de laboratoire, sont les principaux responsables de la dissémination de produits anticancéreux et radiopharmaceutiques, qui se retrouvent, avec les excréments des malades, dans leurs effluents. Une étude, conduite par l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset), a montré que des molécules anticancéreuses très actives, présentant "un danger potentiel pour la santé humaine et l'environnement", sont présentes "à des quantités non négligeables" dans les effluents hospitaliers, mais aussi en aval de la station d'épuration qui recueille ceux-ci.

Toutes les eaux d'évacuation, d'origine domestique, industrielle ou hospitalière, sont pourtant traitées - du moins dans les pays développés - par des stations d'épuration. Mais ces installations, qui éliminent les pollutions azotées, carbonées ou phosphorées, n'ont dans leur cahier des charges aucune obligation concernant les résidus médicamenteux. Ceux-ci ne sont que "partiellement" détruits, reconnaît une entreprise spécialisée dans la distribution et l'assainissement de l'eau.

Cette situation est due à des questions de coût et non de technique, puisqu'il existe des procédés de filtration ultrafine par des systèmes membranaires utilisés pour le dessalement de l'eau de mer, ou de piégeage par du charbon actif. Selon les classes de médicaments, l'efficacité du traitement des eaux usées varie de près de 100 % à... 0 %.

Ce sont donc des eaux chargées en traces d'antibiotiques, d'anticancéreux, d'analgésiques, d'antidépresseurs, d'anti-inflammatoires, d'hormones ou de bêta-bloquants qui retournent dans les ruisseaux, les rivières et les eaux souterraines, où ces molécules se diluent, sans toutefois disparaître. Si bien qu'elles se retrouvent ensuite dans les réseaux d'eau potable et à la sortie du robinet. Car les traitements de potabilisation, qui prennent en compte une soixantaine de paramètres, notamment microbiologiques, laissent eux aussi de côté les substances pharmaceutiques.

Quels sont les risques pour la santé humaine ? Les concentrations, indique l'Académie de pharmacie, peuvent atteindre plusieurs centaines de microgrammes (millionièmes de gramme) par litre dans les effluents et les eaux résiduaires urbaines, et quelques nanogrammes (milliardièmes de gramme) par litre dans les eaux superficielles, les eaux souterraines et les eaux de consommation.

Les quantités sont donc très inférieures à celles absorbées en cas de prescription médicale, qui sont de l'ordre de quelques dizaines ou centaines de milligrammes. Le problème est que les effets de l'ingestion régulière de faibles doses sur une longue période - toute une vie -, ainsi que du mélange des molécules dans un "cocktail thérapeutique" incontrôlé, sont aujourd'hui totalement inconnus. "Il n'existe pas de données permettant d'établir un lien de cause à effet entre ces résidus et des pathologies chez l'homme, mais il est légitime de se poser la question. Nous en sommes au stade de l'évaluation des risques sanitaires", commente Jean-Nicolas Ormsby, du département d'expertises en santé, environnement et travail de l'Afsset. On sait toutefois que, chez certains poissons, des substances médicamenteuses, en particulier hormonales, peuvent provoquer une altération des caractères sexuels, voire un changement de sexe.

Une surveillance s'impose, "notamment pour les populations les plus sensibles comme les enfants ou les femmes enceintes", estime l'Académie de pharmacie. Elle préconise, face à un "problème mondial", une véritable "politique de prévention".


Pierre Le Hir

Un marché pharmaceutique de 300 milliards d'euros

La pollution médicamenteuse est d'abord une problématique de pays riches, ceux en développement ayant comme première préoccupation l'accès à l'eau potable. Sur un marché mondial estimé, en 2006, à 300 milliards d'euros, les Etats-Unis sont de loin les premiers consommateurs de médicaments (51 % du total), devant l'Europe (25 %) et le Japon (15 %). La France arrive au quatrième rang, derrière l'Allemagne. Les principales prescriptions, en chiffre d'affaires, concernent l'appareil cardio-vasculaire et le système nerveux. Certains pays du Sud sont aussi touchés par la contamination de leur environnement par des composés pharmaceutiques qu'ils produisent pour les pays industrialisés.



Article paru dans l'édition du 03.02.09



Une rivière indienne atteint un record de contamination
LE MONDE | 02.02.09 | 16h22
NEW DELHI CORRESPONDANCE

n cours d'eau situé dans l'Etat indien de l'Andhra Pradesh subit actuellement une des plus importantes pollutions pharmaceutiques jamais constatée dans le monde. D'après une étude menée par le chercheur suédois Joakim Larsson, le centre de traitement des eaux usées de plus de 90 usines de production de médicaments génériques, situées dans la ville de Patancheru, rejette un mélange de 21 principes actifs pharmaceutiques à des concentrations anormalement élevées.

Quarante-cinq kilos de Ciprofloxacin, un antibiotique de synthèse, sont ainsi déversés chaque jour dans la rivière - l'équivalent, souligne le rapport, de ce qui est consommé en cinq jours par la population suédoise, soit 9 millions de personnes. Les 21 composants sont utilisés dans la fabrication de médicaments génériques servant à guérir l'hypertension, les maladies du coeur ou les ulcères. Les scientifiques craignent que la présence de puissants antibiotiques donne naissance à une bactérie multirésistante.

HABITANTS EMPOISONNÉS

Allani Kisahn Rao, le président du Comité antipollution de Pacharu, qui a étudié les conséquences des déchets médicamenteux sur la santé des villageois, estime que 25 % de la population locale sont touchés par des maladies, contre une moyenne nationale située aux alentours de 10 %. Les habitants s'empoisonnent en consommant l'eau des puits. Une augmentation du nombre du décès d'animaux a également été constatée.

Les laboratoires pharmaceutiques indiens, qui produisent 22 % des médicaments génériques dans le monde, réduisent au maximum leurs coûts de production, au risque de ne pas respecter les règles de protection de l'environnement.

"Cette étude n'est pas la seule à mettre en évidence la pollution causée par les industries locales sur l'environnement. Le problème du rejet de déchets industriels non traités est connu", explique Joakim Larsson. Des scientifiques indiens, relayés par Greenpeace, ont déjà alerté les pouvoirs publics sur le niveau élevé de contamination des nappes phréatiques. Malgré plusieurs plaintes déposées contre le Comité de contrôle de la pollution de l'Etat d'Andhra Pradesh, et ce dès 2002, aucune mesure n'a été prise.

"Sommes-nous en train de sacrifier notre environnement pour le bien-être de l'Occident ?", s'interrogeait le quotidien Times of India dans son éditorial du 27 janvier. Le cabinet du premier ministre indien a demandé au ministère de l'environnement de conduire d'autres tests, dont les résultats devraient être publiés d'ici une semaine.


Julien Bouissou
Article paru dans l'édition du 03.02.09

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