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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Une socio-culture traditionnelle dans la mondialisation : adaptations et mutations de l'Inde contemporaine

Publié par C Bardot S Tabarly sur 23 Octobre 2007, 20:12pm

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

Retour à la page d'accueil Brève n° 2, 2007 - Une socio-culture traditionnelle dans la mondialisation : adaptations et mutations de l'Inde contemporaine
   
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Les brèves s'appuient sur des communications et des productions ponctuelles sur des sujets précis. Souvent liées à l'actualité et aux préoccupations de nos sociétés, elles pourront faire l'objet de développements et d'approfondissements ultérieurs au sein de dossiers plus complets.


  Une socio-culture traditionnelle dans la mondialisation : adaptations et mutations de l'Inde contemporaine

(Christian Bardot [1] et Sylviane Tabarly)

Le 26 juin 2006, à Luxembourg, les deux premiers groupes sidérurgiques mondiaux, Mittal Steel et Arcelor, annoncent leur union. L’épilogue d’une âpre bataille de cinq mois marque en vérité la victoire de l’homme d’affaires indien Lakhsmi Mittal qui prend le contrôle de l’entité née en 2002 du mariage entre l’espagnol Aceralia, le français Usinor et le luxembourgeois Arbed. Initialement rejetée par le PDG d’Arcelor comme par les gouvernements français et luxembourgeois, l’offre publique d’achat (OPA) lancée par Mittal obtient finalement le soutien d’une majorité d’actionnaires de la société convoitée. Le symbole est éclatant : on a longtemps mesuré la puissance des nations à l’aune de leur production d’acier, étroitement liée au potentiel militaire comme le rappelait le discours Schuman/Monnet en 1950 et voilà qu’un entrepreneur venu d’un pays émergent ose s’emparer du géant européen du secteur ! Au-delà des polémiques, l’événement interroge sur les ressorts du dynamisme d’une classe d’hommes d’affaires indiens qui accumulent par ailleurs les succès dans les industries de pointe. S’agit-il d’entrepreneurs parmi d’autres, comparables aux Occidentaux ? Ou bien présentent-ils des caractères spécifiques ?

ArcelorMittal, un géant né de la mondialisation

Mittal Steel, la croissance rapide
d'un géant mondial de l'acier
(1989 à 2005)



(Cliquer sur les images miniatures
pour les agrandir)





Source du graphique : A. Coumoul - L’OPA de Mittal Steel sur Arcelor - Confrontation de deux conceptions de la mondialisation. Synthèse d’actualité réalisée à partir de l’information parue dans les media entre le 27 janvier et le 24 février 2006 dans la presse papier et sur internet ainsi que de l’information à disposition d’Ecomine et du Service REM du BRGM :

www.mineralinfo.org/Lettres/L2006/L0102.htm



L'acquisition, en 2006, de l'Européen Arcelor par le groupe d'origine indienne Mittal Steel pour 32 milliards d'USD a été la plus grosse opération de ce type réalisée par une société issue d'un pays en développement jusqu'à ce jour. De son côté, Arcelor était une société de droit luxembourgeois mais cotée à Paris et dirigée alors par un Français, Guy Dollé. Mais remarquons qu'au moment de la fusion de 2006, Mittal Steel n'était pas, au sens propre, une entreprise indienne. Toutes ses bases étaient en Europe et l'État luxembourgeois était son plus gros actionnaire avec 5,6% de son capital. C'était une société de droit néerlandais, cotée à la bourse d'Amsterdam et de New York. Son PDG, l'Indien Lakshmi Mittal, vit à Londres et dispose d'un passeport britannique. Un exemple intéressant des formes contemporaines de la mondialisation des entreprises.
ArcelorMittal, né de la fusion, est devenu le groupe numéro un mondial de la sidérurgie, avec 320 000 employés dans plus de 60 pays et une présence industrielle dans 27 pays. En 2006, il a produit 118 millions de tonnes d’acier brut, soit environ 10% de la production mondiale d’acier pour un chiffre d’affaires de 88,6 milliards de dollars.
Au-delà de sa présence sur tous les principaux marchés mondiaux de l'acier, le groupe est également très actif dans les secteurs de l’automobile, la construction, l’électroménager et l’emballage. À cette diversification sectorielle se superpose une diversification géographique : le groupe est implanté dans 27 pays d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique.
Ainsi, dans l'aire "Asie, Afrique, Communauté des États Indépendants" (AACIS) : ArcelorMittal est le premier producteur sidérurgique en Afrique ; il dispose d’unités de production en Macédoine, en Bosnie, en Ukraine et au Kazakhstan ; les principales destinations de ses expéditions de la zone AACIS sont l’Afrique (43%), la CEI et le Moyen-Orient (15% chacune).
Dans l'Union européenne, les activités de production d'ArcelorMittal s’étendent de l’Espagne à la Roumanie et couvrent toute la gamme des produits depuis les aciers plats au carbone.

Source principale : documentation officielle du Groupe - www.arcelormittal.com


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Dynasties marchandes et identités en réseaux


Le "cas" Mittal est ambigu. Il illustre par bien des côtés le caractère cosmopolite du capitalisme financier. Lakhsmi Mittal est certes né en Inde, il a la nationalité indienne mais il détient un passeport indien. Sa société est de droit néerlandais, elle est cotée à Amsterdam et à New York et ne possède, en 2006, aucun actif en Inde : ses usines se trouvent au Kazakhstan, en Roumanie, en Pologne, en Algérie, aux États-Unis (voir l'encadré ci-dessus). Lui-même vit à Londres, dans le confort qu’autorise la détention de la première fortune britannique, et il a marié sa fille à Paris avec un faste inouï. Est-ce à dire qu’il n’a plus rien à voir avec son pays d’origine ? Ce serait négliger deux éléments. Il est, tout d’abord, à l’image d’une diaspora indienne qui conquiert aujourd’hui des positions d’influence tant en Amérique qu’au Royaume-Uni, aussi bien dans les affaires (nombre des sociétés de la Silicon Valley sont gérées par des Indiens) que dans le cinéma ou les lettres. Une éducation soignée, la faculté d’adaptation que donne une socio-culture indienne largement ouverte à l’universel, l’appui sur les réseaux de la "famille indienne élargie" sont les clés de son succès.

La diaspora indienne : des communautés en réseau

Présence dans le monde

En 2006, la diaspora indienne compte environ 30 millions de personnes. Aux États-Unis son effectif a quasiment doublé de 1996 à 2006 pour atteindre les deux millions de personnes.

Les transferts d'épargne des expatriés
(remises des travailleurs émigrés / RTE)




L'image provient de la page d'accueil du site Internet de la Western Union :

Poids dans quelques pays

Commentaire du document ci-contre :

Les remises des travailleurs émigrés (RTE) sont les transferts de fonds, déclarés et mesurables, réalisés par des individus vivant et travaillant en-dehors de leur pays d’origine. En 2006, ces transferts de la diaspora indienne vers la mère - patrie étaient estimés à 26 milliards d'USD (9% du total des IDE vers l'Inde) ce qui mettait le pays au premier rang mondial pour les rétro-transferts (CNUCED). Les 5 millions d’expatriés indiens travaillant dans les pays du Golfe transfèrent 12 milliards d'USD.

Ces transferts sont effectués par diverses méthodes, dont le recours à des sociétés spécialisées telles que la Western Union. Apparue aux États-Unis en 1871 sous le nom de Western Union Money Transfer, celle-ci comptait, en 2006, 225 000 points de vente dans 195 pays.

Certaines méthodes utilisées par les expatriés indiens pour transférer leur épargne peuvent être plus informelles, tel le recours à la hawala (hundi en Inde), système de transfert de fonds basé sur la confiance et la parole donnée.

www.westernunion.com/info/homePage.asp?
country=IN&origination=PH

Ensuite, la trajectoire de Lakhsmi Mittal est en phase avec deux dimensions que l’on retrouve dans les milieux d’affaires indiens : la caste et la famille. Il n’est pas un "self made man" à l’américaine passé des "haillons à la fortune" grâce à son seul mérite, du type Carnegie ou Edison. En 1976, il a reçu de son père, industriel à Calcutta, le capital nécessaire pour créer sa première usine en Indonésie tandis que ce père et ses deux frères cadets conservaient la gestion des actifs indiens. Sa famille appartient en outre à la communauté des Marwari du Rajasthan, caste (jâti) qui pratique depuis des siècles la banque et le commerce en Inde, au Rajasthan d’abord puis au Bengale et finalement dans toute la péninsule [1]. Plusieurs familles de cette communauté se sont illustrées dans l’histoire économique du pays : au XVIIIe siècle, les Jagat Seth gèrent l’immense fortune du prince de Murshidabad avant de financer les Britanniques ; certaines se lancent dans l’industrie après l’indépendance, en 1947. Deux sociétés sont aujourd’hui fort connues en Inde : les Bajaj, troisième fabricant mondial de scooters, moyen de transport très usité dans le pays, et les Birla, qui sont à la tête de son second groupe industriel, un conglomérat qui fabrique du ciment,  de l’aluminium, des produits chimiques, des pneumatiques et vend des contrats d’assurances et des produits financiers.
En vérité, même si sa réussite éclatante le fait sortir du lot, la trajectoire de Laksmi Mittal évoque le schéma de la "firme lignagère marchande" qu’a étudiée Pierre Lachaier : au sein d’une famille membre d’une caste marchande, au sens large du terme, le frère aîné doué reçoit mission de développer l’entreprise sur une grande échelle tandis que les cadets continuent localement à gérer les affaires courantes ; l’activité du premier s’universalise tandis que les seconds continuent à avoir pour partenaires des entreprises de leur caste ou des castes liées. Cependant, "en cas de coup dur (le premier) se tournera sans hésiter vers les siens envers qui il n’a d’ailleurs jamais cessé de se reconnaître des devoirs et obligations" [2]. Le nouveau "roi de l’acier" ne manque jamais de rappeler son identité indienne et son sens de la famille – son fils et sa fille exercent d'ailleurs d’importantes responsabilités au sein du groupe [3].

 Annexe en pop-up :

Les castes en Inde, un millefeuille social entre mythes et réalités

Contenus (textes et documents) de l'annexe en pop-up :

- Le kaléidoscope des castes, des jâtis et autres marquages communautaires
- Une politique de discrimination positive ... dans l'impasse ?
- Les réalités contemporaines de hiérarchies socio-culturelles à l'épreuve des mutations économiques

En encadrés :

> Alchimies des annonces matrimoniales
> Les données de l'enquête ménage de la NSS pour 1999 - 2000 : catégories socio-professionnelle et socio-culturelles, quels résultats de la politique de discrimination positive à l'indienne ?



Il est fréquent que ces dynasties marchandes combinent appartenance de castes et religion. On trouvait avant l’indépendance d’actives communautés marchandes musulmanes, notamment au Gujarat : les plus actives se sont exilées au Pakistan après la Partition de 1947 [Union indienne : chronologie de 1947 à nos jours (en pop-up]. En revanche, deux groupes religieux continuent aujourd’hui à servir de terreau à des communautés d’affaires : les Jaïns et surtout les Parsis. Ces derniers, les "gens de Perse" sont des zoroastriens qui ont fui les persécutions dont ils étaient victimes au VIIe siècle dans la Perse islamisée. Ils se sont installés au Gujarat puis à Bombay (Mumbaï). Leurs activités sont diverses mais leurs fonctions  commerciales se trouvent stimulées par l’arrivée des Européens qui voient en eux des intermédiaires commodes : non hindous, ils échappent aux interdits pesants qui régissent  les castes. De ces parsis devenus marchands, armateurs ou financiers sont issus les pionniers de l’industrie textile locale. C’est dans ce milieu que s’affirme à la fin du XIXe siècle le fondateur d’un empire industriel, Jamshet N. Tata. Né en 1839, il gère d’abord des succursales familiales à Hong Kong et à Shanghaï, puis revient à Bombay s’occuper du commerce de coton en plein essor durant la guerre de Sécession américaine qui lamine les exportations des plantations du Vieux Sud esclavagiste. Il fonde ensuite sa première entreprise industrielle, une huilerie, puis des  filatures ou tissages de coton, des sociétés d’exportation de mangues, de transport maritime, un hôtel, le prestigieux "Taj Mahal" de Bombay. Deux réalisations en font l’emblème du capitalisme national au sein de l’Inde coloniale : la création en 1907 du premier groupe sidérurgique indien – l’acier, déjà… – puis la fourniture d’électricité à Bombay à partir de 1915. Sous son impulsion, puis sous celle de ses fils et petits-fils, bien d’autres activités s’ajouteront (cimenteries, banque industrielle, compagnie d’assurances, compagnie aérienne, etc.) pour constituer un conglomérat qui reste le premier groupe indien, leader dans des branches aussi diverses que la production automobile – Tata Motor – et les services informatiques – Tata Consultancy Services. Durant son histoire, cette firme n’a cessé de s’appuyer sur la forte solidarité de l’étroite communauté parsie pour se développer.

Le mouvement d'internationalisation des sociétés indiennes,
l'exemple de l'informatique

Longtemps cantonnées à leur pays, les entreprises informatiques indiennes ouvrent désormais des centres de production à l'étranger [5]. Tata Consulting services réalise, en 2007, 5% de son chiffre d'affaires à l'étranger. Le groupe Tata a ouvert des centres en Uruguay, au Brésil, au Chili, en Chine, en Australie, au Royaume-Uni et au Japon et doit prochainement en ouvrir au Maroc. Infosys, second exportateur indien de services informatiques, qui a réalisé en 2006 un chiffre d’affaires de 3,1 milliards de dollars, emploie 1/5e de ses 78 000 salariés hors du territoire national, dans 21 pays. Ceci traduit le passage d'un modèle "offshore", où les services informatiques sont localisés dans un pays à bas coût de main d'œuvre, à un modèle "nearshore" où la production est réalisée près du client. Afin de maintenir des prix compétitifs, les sociétés indiennes installent leurs centres de production en périphérie de leurs marchés cibles. Le "nearshore" est donc un compromis entre le maintien de bas salaires et une relative proximité avec les clients : le Maroc, la Hongrie, la Pologne pour l'Europe de l'ouest ; le Brésil, le Mexique et le Chili pour les États-Unis. La proximité permet aussi de vaincre les réticences de certains clients. Les banques françaises, par exemple, ont peu délocalisé le traitement de leurs tâches informatiques en Inde. Elles oseront sans doute plus facilement faire appel à une société indienne en Europe de l'Est. Tata Consulting Services emploie 400 ingénieurs dans un centre de production en Hongrie et compte en embaucher entre 3 000 et 5 000 dont certains seront français.

Extraits adaptés de Julien Bouissou - "Informatique : les sociétés indiennes essaiment hors de leurs frontières" - Le Monde, 4 mai 2007.

Dessin de Séverin Millet, avec l'aimable autorisation de l'auteur - www.severinmillet.com/default.cfm 

Paru dans Le Monde, "Informatique : les sociétés indiennes essaiment hors de leurs frontières", 4 mai 2007

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Socio-culture et communauté d'affaires : du commerce local aux affaires mondiales

On voit ainsi que le capitalisme indien plonge, pour une part, ses racines dans des "communautés d’affaires" ayant partie liée avec la socio-culture particulière du pays. Comme l’ont montré les travaux d’historiens indiens, durant la période coloniale, trois niveaux s’interpénètrent dans l’économie. À la base, une économie rurale de subsistance, peu monétarisée si ce n’est pour quelques achats effectués auprès de colporteurs et à travers les prêts accordés par les grands propriétaires et boutiquiers-usuriers de villages aux petits paysans. À l’opposé, le grand commerce d’exportation reliant l’Inde au reste du monde est aux mains de sociétés britanniques. L’économie indigène (le "bazar") assure l’interface entre ces deux niveaux : elle alimente les courants d’exportations et distribue dans le pays les biens manufacturés venus d’Angleterre. Elle assure surtout des échanges intérieurs qui l’emportent de beaucoup en volume sur le commerce extérieur. Ce "bazar" gagne en importance durant les deux guerres mondiales et la Grande dépression des années 1930, qui affaiblissent les Occidentaux.  Sur la base de solidarités de religions et/ou de castes à dimension locale ou régionale, il mobilise ses propres réseaux financiers pour financer l’émergence de groupes industriels indiens, à Bombay, Calcutta, Madras…

Chez les membres des castes marchandes, la pratique des affaires est en même temps un devoir religieux : il s’agit de remplir la fonction qu’assigne à chacun le code de conduite propre à chaque caste (le jâti dharma), cet ensemble de rites et d’obligations qui doivent être respectés pour que "le Bon Ordre du monde", l’harmonie socio-cosmique chère à l’hindouisme se perpétue. Il ne s’agit pas tant de s’enrichir personnellement que de faire bénéficier sa famille, les dieux et sa communauté des fruits de son labeur, à travers des fondations de temples ou d’œuvres philanthropiques. On a ainsi des sujets qui agissent en profond accord avec eux-mêmes, ce qui décuple leur énergie. Ne pourrait-on rapprocher cela des affinités entre "l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme" chères au sociologue allemand Max Weber [6] ? À l’inverse, quand religion et morale réprouvent l’argent, comme dans la chrétienté médiévale qui voyait dans la figure du pauvre une image de Jésus, le développement économique se trouverait contrarié. La thèse est discutée : on a beau jeu d’objecter que les grands marchands italiens avaient su trouver les accommodements nécessaires entre leur foi catholique, tout à fait incontestable, et leur goût des affaires, voire celui du luxe qui fit des Médicis et autres Pazzi de fabuleux mécènes. Les débats suscités ont avant tout le mérite de mettre en lumière les liens entre histoire économique et structures socio-culturelles.

Religions en Inde :
l'hindouisme parmi d'autres


Source : Cécile Marin et Philippe Rekacewicz, Les hindous et les autres..., Le Monde diplomatique, avril 2006

Pour compléter :

Berceau de l’hindouisme, du bouddhisme et du jaïnisme, l’Inde accueille aussi la plupart des autres religions du monde. On y dénombre dix communautés religieuses officielles : les Hindous qui représentent officiellement 80,5% de la population, les Musulmans (13,4%, 3e population musulmane au monde), les Chrétiens (2,3%), les Sikhs (2%), les Bouddhistes (0,7%), les Jaïnistes (0,4%), les Ayyavazhi (un dérivé de l’hindouisme présent en Inde du sud), les Juifs, les Zoroastriens (Parsis) et enfin les Bahais pour les plus significatives.
L’hindouisme a marqué la société indienne à travers le système brahmanique des castes, qui divise les fidèles en quatre ordres, auxquels s’ajoutent les "Intouchables" ou Dalits (un cinquième de la population).
Mais ces religions ne forment pas un ensemble homogène. L’hindouisme, par exemple se divise en quatre grands courants : le vaishnavisme (croyance supérieure en Vishnu, Krishna et ses avatars), le plus répandu, le shaivisme ou shivaisme (croyance supérieure en Shiva), le shaktisme (croyance supérieure en la déesse Shakta) et enfin le Smartisme (croyance libre). De plus, les divinités hindoues se comptent en millions et différentes sectes expriment des attitudes parfois extrêmes. Et si 70% des chrétiens indiens sont des catholiques romains, les autres sont des protestants affiliés à diverses branches : presbytériens, congrégationnels, méthodistes, anglicans, baptistes et luthériens.

Les castes en Inde, un millefeuille social
entre mythes et réalités



L’entreprise indienne d'aujourd'hui illustre ces liens à sa façon. Les travaux manquent encore sur la question : comme l’indique P. Lachaier, la prise en compte de la réalité des castes (et des mécanismes de solidarité sociale en Asie en général ?) dérange en Occident. Elle heurte les deux grands paradigmes opposés qu’y mobilise depuis l’origine l’analyse des sociétés : l’individu dans la tradition  libérale ou bien la classe sociale définie par la profession – plus exactement, dans la veine marxiste, la place dans les rapports de production. Pourtant, les noms qui dominent le capitalisme indien actuel sont issus de dynasties d’affaires qui se sont affirmées  en s’adossant à des castes et à des communautés marchandes d’ancienne tradition. En va-t-il de même pour les nouveaux entrepreneurs que suscite la participation récente à l’aventure de la mondialisation ? Comment ces nouveaux venus articuleront-ils leurs relations avec la socio-culture traditionnelle, alors qu’ils ont été formés dans des universités étrangères et qu'ils connaissent parfaitement les codes de pensée et de comportement du "village planétaire" ? La question reste posée [7]. Mais le cas indien souligne qu’à l’évidence les capitalismes restent divers. Tant dans les modes de fonctionnement (malgré les réformes poursuivies depuis 1991, celui de l’Inde se caractérise toujours par une régulation étatique importante) que dans les processus de formation des patronats.

De ce point de vue aussi, mondialisation ne signifie pas homogénéisation : chaque société s’y engage et l’interprète à sa manière. Pour autant, faut-il y voir des particularismes irréductibles à la situation indienne ? Rappelons, par exemple, que le patronat européen n’a pas davantage ignoré les solidarités religieuses. Au XIXe siècle, les hautes banques catholique, juive et protestante sont des réalités tout à fait tangibles : les relations d’affaires reposant avant tout sur la confiance, les partenaires préfèrent conclure avec des "semblables". Aujourd’hui encore, des connivences que d’aucuns comparent à des mécanismes de castes structurent la société française – plus que d’autres en Europe sans doute : l’omniprésence des polytechniciens, énarques ou autres HEC à la tête de nos grandes entreprises doit beaucoup à de puissants réseaux. Ils dépendent du parcours scolaire et non de la naissance, différence certes non négligeable. Mais il reste que la subtile gradation des conditions qui subdivise à l’infini la société indienne ne nous est pas étrangère. La connaître, c’est donc aussi mieux nous comprendre.

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Notes


[1] - Christian Bardot, professeur agrégé d'histoire en Classes préparatoires aux grandes écoles. Cette page est adaptée d'un article publié dans Espace Prépa, n° 111, décembre 2006, dans le dossier "L'Inde face au monde" sous le titre Entreprise, caste et religion en Inde : www.kiosketudiant.fr (site gratuit après inscription en ligne).
L'auteur vient aussi de publier : L’Inde au miroir du monde. Géopolitique, démocratie et développement de 1947 à nos jours, Ellipses, 2007
[2] - P. Lachaier, "Aux origines de l’économie indienne contemporaine, castes, communautés et bazar", dans Historiens et Géographes, n° 356, dossier Inde, février-mars 1997, pages 349-362.
[3]  - idem, page 361
[4]  - Interview dans Le Point n° 1764 du 6 juillet 2006 : il déclare "parler hindi  à la maison, célébrer en famille les fêtes indiennes, aller en Inde cinq ou six fois par an", y subventionner des universités et collèges ainsi qu’une fondation sportive destinée à préparer de brillants athlètes en vue des Jeux Olympiques de 2008 à Pékin (nul doute en effet qu’en Chine l’Inde aura à cœur de prouver qu’elle n’a rien à envier à son grand rival). 
[5] - Les investissements directs à l'étranger d'origine indienne connaissant une très forte croissance depuis 2003. La moyenne des 218 opérations menées en 2006 approche les 105 millions d'USD.
[6] - Max Weber - L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme (1904-1905) - Éditions électroniques en téléchargement ici : http://classiques.uqac.ca/classiques/Weber/ethique_protestante/Ethique.html
Édition Pocket, 2005, coll. "Les idées, les arts, les sociétés".
[7]  - Il s’agit là d’un aspect de l’interrogation qui hante l’Inde contemporaine quant aux rapports entre le pays et l’Occident, la tradition et la modernité. Littérature et cinéma s’en font abondamment l’écho.

En annexe (pop-up)
: Union indienne : chronologie de 1947 à nos jours(en pop-up)

Christian Bardot, professeur agrégé d'histoire en
Chaire supérieure de classes préparatoires,

compléments documentaires et adaptations :
Sylviane Tabarly
, professeure agrégée de géographie,
.
pour Géoconfluences le 23 octobre 2007

  Des ressources pour aller plus loin, une sélection

Éléments bibliographiques

- Christian Bardot - L’Inde au miroir du monde. Géopolitique, démocratie et développement de 1947 à nos jours, Ellipses, 2007
- J.J. Boillot - L’économie de l’Inde, édit.La Découverte, collect. Repères, 2006
- Julien Bouissou :
> "Informatique : les sociétés indiennes essaiment hors de leurs frontières" - Le Monde, 4 mai 2007
> "Nouveaux magnats indiens, à l'assaut des marchés" - Le Monde, 23 mars 2007
- Louis Dumont - Homo hierarchicus. Le système des castes et ses implications, Gallimard, 1967
- Christophe Jaffrelot - Inde : la démocratie par la caste. Histoire d’une mutation sociopolitique (1885-2005), Fayard, 2005
- P. Lachaier - "Aux origines de l’économie indienne contemporaine, castes, communautés et bazar", dans Historiens et Géographes, n° 356, dossier Inde, février-mars 1997, pages 349-362.
- Pavan K.Varma - Le défi indien : pourquoi le XXIe siècle sera le siècle de l'Inde, essai trad. de l'anglais (Inde) par André R. Lewin, Actes Sud, 2005 – Titre original: Being Indian : why the 21st Century will be India's.

Diverses ressources en ligne, une sélection


- Dalal Benbaali - 60 ans d’Union Indienne, Echo Geo n° 2 - septembre / novembre 2007, Prodig :
http://prodig.univ-paris1.fr/umr/publications_umr/EchoGeo/numero2/rubriques2.htm#vif


- Les fiches "Informations pays" de la mission économique de l'Ambassade de France en Inde ( © MINEFI – DGTPE) : www.missioneco.org/Inde/infopays.asp
Par exemple :
> Décembre 2005 - Castes et Communautés dans l’Inde moderne
> Juin 2006 - Les remises des travailleurs émigrés en Asie du sud

- Eric Leclerc, maître de conférences, détaché au Centre de Sciences Humaines de New Delhi (Inde) - L'invention d’une diaspora indienne : enjeux politiques et sociaux
http://eso.cnrs.fr/evenements/rennes_10_04/contributions_10_2004/le.pdf

- Satish Deshpande - Castes et inégalités sociales dans l’Inde contemporaine Un impensé des sciences sociales - Figures du ghetto / Penser, classer, administrer la pauvreté [2] - Actes de la recherche en sciences sociales, no 160 –2005/5 : www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=/.../_160_0098

- Lokniti, programme de recherche sur les pratiques comparées de la démocratie dans les pays du Sud (Programme for Comparative Democracy) du Centre d'étude des sociétés en développement (Centre for the Study of Developing Societies / CSDS, New Delhi) : www.lokniti.org/aboutus.htm

- Maitreyi Bordia Das - Do traditional axes of exclusion affect labor market outcomes in India ? - Document sur le site de la Banque mondiale : www.worldbank.org.in/external/default/.../theSitePK=295584

- Cartothèque de la Documentation française. Voir, entre autre, Asie, Inde, Migrations :
www.ladocumentationfrancaise.fr/cartotheque

- Cartothèque du Monde diplomatique : www.monde-diplomatique.fr/cartes

- Documents de l'OCDE consacrés à l'Inde : www.oecd.org/country/.../_1,00.html

- Services statistiques de l'Inde : www.censusindia.gov.in
> et www.censusindia.gov.in/Census_And_You/index.html
> cartes en ligne paramétrables (Census GIS India) : www.censusindiamaps.net

Sélection proposée par Sylviane Tabarly




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Mise à jour :  2-05-2007

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