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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Afrique: contre la "continentalisation", le FIG de Saint Dié

Publié par philippe piercy sur 3 Octobre 2011, 12:27pm

Catégories : #Hypokhâgne

Sur le site des Cafés Géographiques et à propos du prochain Festival de Géographie de Saint-Dié:

Des écueils de la continentalisation : la barque des géographes africanistes résiste encore et toujours

La thématique du Festival international de Géographie de Saint-Dié les Vosges, qui se déroulera du 6 au 9 octobre 2011, invite à s’interroger sur « l’Afrique plurielle : paradoxes et ambitions ». Ouf, c’est au pluriel ! Après avoir effectué dernièrement un trop court séjour à Kinshasa en République Démocratique du Congo, continuer à dépoussiérer un certain nombre d’idées reçues sur ce continent s’impose encore pour les géographes dits « africanistes ». L’Afrique est encore et toujours traitée comme un tout continental « à part » dans bien des domaines : une facette mono-conflictuelle, annihilant toute diversité, des situations ou des discours, occupe le devant de la scène médiatique. Bien sûr, les révolutions ont récemment été dans la ligne de mire des titres d’actualité, comme la « Révolution arabe », mais la médiatisation a eu tendance à mettre dans le même panier des États aussi différents que l’Égypte, la Libye de Kadhafi, voire même le Maroc de Mohammed VI. Les élections politiques, de préférence quand elles se passent mal comme au Zimbabwe (où peu de médias continuent à s’intéresser à l’étrange tandem formé par Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai depuis 2009), ont également fait leur beurre. Et les sécessions, dont la dernière en date est intervenue dans la partie sud du Soudan, le 9 juillet 2011, ferment le peloton de cette médiatisation partiale. La naissance du 54ème État africain n’a d’ailleurs pas tellement marqué la une des journaux français, que ce soit le jour du référendum ou le 27 juillet, date de la reconnaissance officielle du nouvel État du Soudan du Sud par l’Union Africaine (UA).
Et les géographes dans tout ça ? La majeure partie des débats et recherches scientifiques en géographie s’évapore avant même d’avoir atteint les vecteurs de l’information : où sont passés les nombreux écrits des géographes sur l’essor des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, sur les investissements colossaux de la Chine dans l’élaboration d’infrastructures, sur la multiplication des événements culturels et sportifs dans les capitales africaines ? Véritables délits d’initié, les désinformations sur ce « continent » continuent de s’accumuler dans les journaux tandis que les recherches aboutissent au mieux sur les rayons des bibliothèques universitaires ou dans les revues spécialisées de géographie. Un rare entretien, mené par un journaliste téméraire ou en prévision d’une manifestation comme le FIG, se retrouve parfois podcasté sur le site de France Inter. Pourtant les géographes continuent d’œuvrer, d’accumuler, comme autant de petites fourmis besogneuses, des images, des textes, des analyses, sur les Afriques. Un jour peut-être leurs travaux serviront au développement social, environnemental, politique et économique des Etats africains et de leur milliard d’habitants. Un jour, peut-être, on cessera de tout continentaliser et l’on s’apercevra que la diversité est à toutes les échelles : à Kinshasa, d’un bâtiment flambant neuf (reflet de l’essor d’une banque) à celui délabré, récupéré par la police nationale congolaise ; en Afrique du Sud, des plateaux verts du Highveld aux dunes rouges de la cuvette du Kalahari ; du régime monarchique parlementaire du Lesotho au Mozambique républicain ; d’une expérience touristique avortée en Égypte à un merveilleux séjour au Kenya ou vice-versa ; d’un partenariat réussi en Guinée à des échecs coopératifs en Côte d’Ivoire, etc. C’est la généralisation, davantage que la mondialisation, qui écorche les images des espaces africains. Comme partout, vive les pluriels en géographie !

Agathe Maupin

A lire :
L’Afrique plurielle, La Géographie, automne 2011

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