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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Des mines de charbon roumaines à Grenoble: parcours de roms.

Publié par philippe piercy sur 18 Septembre 2010, 07:35am

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun


Le Monde 15/9/10

Diana vient de raccrocher le téléphone et son visage s'éclaire. Les nouvelles sont bonnes. Son mari, Gabriel Bita, est bien arrivé à Grenoble et a vu le médecin qui l'a opéré d'un poumon en février. Tout va bien. "Nous avons été expulsés de France le 19 août,explique-t-elle. Mais mon mari est reparti le 30 et j'aimerais le suivre si je ne trouve pas de logement ici."A Petrosani, ville minière située au centre de la Roumanie, se loger ne sera pas facile, surtout pour une femme issue de la minorité rom qui tente de survivre dans le quartier La Colonie.

 

 Il y a deux siècles, la région de la vallée du Jiu, dont Petrosani est le chef-lieu, attirait des milliers de Roumains. Les mines de charbon de la vallée du Jiu en avaient fait un eldorado. Si les Roumains la prenaient d'assaut pour le charbon, les Roms allaient à la recherche de l'or qui gisait dans les entrailles de ses petites montagnes. "Ils comptaient rester deux ou trois ans pour faire fortune et retourner dans leurs villages,explique Cristinela Ionescu, présidente de l'association rom Tumende. Ils ne sont jamais repartis."

Peu à peu, La Colonie, avec ses petites maisons de fortune et ses taudis, est abandonnée par les Roumains qui construisent à côté la ville de Petrosani. Celle-ci a connu un essor important à l'époque communiste. Le dictateur Nicolae Ceausescu a mis en oeuvre une politique d'industrialisation forcée à partir du charbon de la vallée du Jiu. Les HLM socialistes y ont poussé comme des champignons.

Mais les Roms, eux, sont restés à La Colonie, en marge de la ville. Environ 1 800 d'entre eux habitent toujours ce quartier mal famé. La fermeture des mines de charbon après la chute du régime communiste a fait partir 15 000 habitants sur les 60 000 que comptait Petrosani. Dans cette ville sinistrée, parsemée de HLM délabrées, la survie à La Colonie est un défi quotidien. Le 2 décembre 2009, Diana, âgée de 20 ans et mère d'une petite fille de trois ans, décide, avec son mari Gabriel Bita, d'aller à Grenoble. "J'ai supplié mon fils de partir,lance la mère de Gabriel. J'ai eu onze enfants, il ne m'en reste que trois, les autres sont morts à cause de la pauvreté et des maladies. En France, ils ont une chance de s'en sortir."

Diana et Gabriel rêvaient de trouver du travail dans l'agglomération grenobloise où se trouvaient déjà une partie des Roms de Petrosani. "Ils n'ont pas voulu de nous,affirme Diana. Les patrons nous disent que nous avons besoin d'une carte de séjour pour travailler, mais quand on la demande à la préfecture, on nous répond qu'il nous faut un contrat de travail. C'est un cercle vicieux."

"Le logement, une priorité"

Experts dans l'art de la débrouillardise, les Bita se nourrissent des produits périmés trouvés dans les poubelles des supermarchés. "Puis il y avait les Restos du coeur,dit-elle. Les Français ont un grand coeur. Ils nous ont traités mille fois mieux qu'en Roumanie."Le centre d'accueil municipal de Grenoble les aide à passer l'hiver à l'Hôtel Paris-Nice.

Gabriel souffre d'une maladie pulmonaire. Le 27 février, il entre au CHU de Grenoble où il est opéré avec succès. Le 14 mars, Diana donne naissance à Thomas Raphaël Bita, enregistré à la mairie de La Tronche, dans le département de l'Isère. "On m'a dit qu'à 18 ans il pourrait choisir la nationalité française,raconte sa mère. Mais est-ce qu'il vivra si on reste en Roumanie ? En France, il buvait du lait, ici je lui donne de l'eau. Il a déjà maigri."

Diana a fait une demande de logement social à la mairie de Petrosani où une liste d'attente compte plusieurs centaines de personnes. "Nous avons réussi l'année dernière à rénover un ancien immeuble de l'armée,explique Florin Ridzi, le maire de Petrosani. Plus de 70 % des logements ont été occupés par des Roms. Nous avons un autre immeuble à rénover, mais le budget a été coupé. Or le logement est la priorité de cette communauté. N'ayant pas de domicile, les Roms ne peuvent obtenir les papiers qui leur donnent droit aux aides sociales."Un cercle infernal auquel les Roms espèrent échapper en prenant le chemin de l'Ouest. Mais pour combien de temps ?

"Le 12 août, la police est venue nous dire qu'on devait quitter immédiatement la France,se souvient Diana. Ils ne nous ont pas laissé le choix. Le 19, on était dans l'avion qui est parti de Lyon direction Bucarest. Mon mari est déjà reparti à Grenoble."

Une larme coule sur le visage de sa belle-mère, entre impuissance et colère. "Les Roms sont visés en premier, Sarkozy ne nous aime pas. Mais nous ne sommes pas des voleurs et des bandits,tonne-t-elle. Nous voulons travailler et vivre comme les autres, c'est tout. Pourquoi on a fait cette Europe ? Pour qu'on nous chasse d'un pays à l'autre ?"

Elle est interrompue par les pleurs du petit Thomas Raphaël. La vieille femme se dirige vers un seau rempli d'eau pour lui en faire chauffer une bonne dose.

Mirel Bran

 

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