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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Diplomatie turque (dans Le Monde et dans Le Figaro)

Publié par philippe piercy sur 19 Février 2010, 09:46am

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

Quatre mois après la signature, en octobre 2009 à Zurich, d'un protocole d'accord entre la Turquie et l'Arménie, sous le patronage de la Suisse, l'espoir d'une normalisation rapide des relations entre les deux voisins s'est déjà envolé. Ni le Parlement arménien ni l'Assemblée nationale turque n'ont encore approuvé le texte, qualifié, à l'époque, d'"historique" par l'ensemble des diplomaties mondiales. Selon cet accord, les deux pays devaient établir des relations officielles, inaugurer des ambassades et, à terme, rouvrir leur frontière commune, fermée depuis 1993. Mais à Ankara comme à Erevan, le processus est mis en suspens. L'Arménie a annoncé, le 12 février, que les protocoles ont été transmis au Parlement. Mais elle a précisé que la ratification ne pourrait pas intervenir avant que la Turquie ne se soit d'abord prononcée.

Passé l'enthousiasme de la signature, les négociations sont entrées dans une phase marquée par des "déceptions réciproques", selon l'analyste Aybars Görgülü. La Turquie, qui avait condamné sa frontière avec la jeune République d'Arménie, en 1993, en représailles à la sécession du Haut-Karabakh, une province majoritairement peuplée d'Arméniens et rattachée à l'Azerbaïdjan par Staline, réclame des contreparties pour sa réouverture.

"Sans une solution au Karabakh, nous ne pouvons pas ratifier les protocoles", a lancé le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, fermant la porte à un accord rapide. Le ministre des affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, persiste à lier la réussite de ce rapprochement à des concessions arméniennes sur le Karabakh, bien que les accords d'octobre 2009 n'en fassent pas mention. Début février, il a laissé planer la menace d'un échec si les négociations n'étaient pas "menées de manière appropriée".

La Russie et les Etats-Unis exhortent Turcs et Arméniens à accélérer leur rapprochement. Les grandes puissances veulent éviter un nouvel embrasement du sud du Caucase, fragilisé par la crise géorgienne de l'été 2008. Mais le conflit du Karabakh, gelé depuis seize ans et qui a fait plus de 30 000 morts, entrave la pacification de la région. En dépit de la médiation du groupe de Minsk - coprésidé par la Russie, les Etats-Unis et la France -, les discussions ne progressent guère. En Azerbaïdjan, comme à Erevan, la question reste brûlante. Le président arménien, Serge Sarkissian, est originaire du Karabakh et il en dirigeait les comités d'autodéfense, au début des années 1990.

En faisant marche arrière, la Turquie montre sa dépendance vis-à-vis de Bakou. L'Azerbaïdjan, de langue et de culture turque, est un allié traditionnel de la Turquie et un de ses principaux fournisseurs de gaz naturel. Les initiatives du grand frère turc, flirtant avec l'Arménie, ont jeté une ombre sur l'alliance. En Turquie, l'opposition nationaliste et kémaliste est aussi montée au créneau contre cette "trahison", appelant à la solidarité panturque avec les Azéris : "Un peuple, deux Etats". Surtout, la richesse des gisements de la mer Caspienne donne un argument de poids au clan Aliev, au pouvoir depuis vingt ans en Azerbaïdjan. Le pays, à la source de l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan et du gazoduc Nabucco, s'avère stratégiquement incontournable. Bakou fournira 6 milliards de mètres cubes de gaz à la Turquie, en 2010.

En Arménie, les réticences se sont renforcées et la sincérité de la démarche de la Turquie est sérieusement mise en doute. L'accord de 2009 prévoit la création d'une commission historique, chargée d'examiner "de manière scientifique et objective" les pages sombres de l'histoire. Mais elle est souvent perçue par les Arméniens comme une manoeuvre turque pour tenter d'atténuer la réalité du génocide.

Le 12 janvier, la Cour constitutionnelle arménienne a rendu un avis favorable sur les protocoles signés en octobre. Mais elle a rappelé qu'ils ne pourraient en aucun cas contredire la Constitution et la déclaration d'indépendance arménienne qui mentionne "le devoir de réalisation de reconnaissance internationale du génocide de 1915, en Turquie ottomane et en Arménie occidentale". La Turquie juge cette référence historique "inacceptable".

La question du génocide, que la position officielle turque qualifie toujours de "massacres réciproques", pourra difficilement être éludée, si Ankara souhaite une sincère réconciliation avec son voisin. Pour le moment, la Turquie voudrait inciter l'Arménie à mettre ses revendications en veilleuse. Comme chaque année, la diplomatie turque se crispe à l'approche du 24 avril, la date anniversaire du déclenchement du génocide de 1915, lancé par l'arrestation, à Istanbul, de centaines de dignitaires arméniens. Ankara s'inquiète du lobbying de la diaspora arménienne aux Etats-Unis et d'une possible reconnaissance officielle par le Congrès américain.

Le 4 mars, le comité des affaires étrangères de la Chambre se prononcera sur une résolution démocrate, qualifiant de "génocide" les massacres de 1915. M. Davutoglu a manifesté son agacement à James Steinberg, secrétaire d'Etat adjoint, le 6 février, à la conférence de Munich sur la sécurité internationale. En 2007, un vote du Congrès avait été évité au dernier moment, désamorçant un risque de crise dans les relations américano-turques.

 

Ankara étend son rôle au Proche-Orient

Le figaro Laure Marchand
18/02/2010 

La diplomatie turque veut se poser en médiateur dans les conflits qui touchent la région.

Avec son sens aiguisé des retombées médiatiques, Recep Tayyip Erdogan n'allait pas se priver d'une telle tribune. Le week-end dernier, le premier ministre turc a profité du Forum mondial Islam-États-Unis, organisé au Qatar et auquel participait Hillary Clinton, pour fustiger l'inaction de la communauté internationale face à la situation humanitaire à Gaza. Il a inclus sans les nommer les États présents et tançait ouvertement l'Égypte. Mais le Qatar a déroulé un tapis rouge de compliments pour son hôte turc : le vice-premier ministre qatarien a qualifié de «voix des musulmans» l'un «des leaders favoris dans le monde arabe». Ces éloges sont révélateurs de l'influence grandissante de la Turquie dans la région et du changement de perception des pays arabes à son égard. Profitant du déclin des puissances traditionnelles, comme l'Égypte et l'Arabie saoudite, les Turcs convoitent désormais le leadership régional.


Erdogan en «nouveau Nasser» 

Cette conquête passe symboliquement par la cause palestinienne. «Le problème palestinien est une source de légitimité pour tout pays et dirigeant envers les populations arabes», explique Mustafa el-Labbad, directeur du Centre al-Sharq pour les études régionales et stratégiques, basé au Caire. Depuis son esclandre face au président israélien, Shimon Pérès, en 2009 à Davos, le chef du gouvernement islamo-conservateur a fait prendre à son pays un net avantage sur ses concurrents. Ses sorties musclées contre Israël lui valent même le surnom de «nouveau Nasser» dans la presse arabe et sa cote de popularité est au plus haut dans les opinions publiques.

Au-delà de ces succès oratoires, le retour de la Turquie dans une sphère en grande partie jadis intégrée dans l'Empire ottoman passe par une politique étrangère hyperactive. Après avoir tourné le dos à la région pendant la guerre froide, Ankara a normalisé ses relations avec ses voisins orientaux, a conduit les pourparlers secrets entre la Syrie et Israël en 2008 et intercédé auprès du régime iranien sur le dossier du nucléaire

À défaut d'une médiation couronnée d'un succès diplomatique majeur, le gouvernement turc se pose en agent de liaisons dans les conflits régionaux. La semaine dernière, c'est une délégation de l'Alliance nationale irakienne, chiite, qui sollicitait son intervention pour aider l'Irak à apaiser ses tensions internes ethniques et externes. «Pour vendre ses produits et sécuriser les routes énergétiques, la 16e économie mondiale a également besoin que les relations avec ses voisins et les celles entre ces derniers soient stables», souligne Cengiz Candar, éditorialiste spécialiste du Moyen-Orient.

Longtemps perçue avec méfiance à cause de son alignement sur Washington, la Turquie a commencé à gagner la confiance dès 2003, lorsqu'elle a refusé de laisser passer les soldats américains sur son territoire pour envahir l'Irak. Une étude conduite par la Fondation turque des études économiques et sociales (Tesev) dans six pays de la région et dans les Territoires palestiniens montre que, non seulement son implication n'est pas perçue comme une ingérence, mais qu'elle est plébiscitée : près de huit personnes interrogées sur dix souhaitent que «la Turquie joue un plus grand rôle» et pensent qu'elle a «un impact positif sur la paix» dans le monde arabe. Pour Mustafa el-Labbad, si la Turquie «manque encore de réseaux et d'alliances à cause de son engagement tardif», elle bénéficie de liens culturels et historiques avec les pays arabes et représente un «islam moderne» qui joue en sa faveur : «L'ascension de l'Iran comme puissance régionale et comme “big brother” des chiites conduit de plus en plus les populations sunnites à se rapprocher de la Turquie.» La voie est d'autant plus libre pour les ambitions turques qu'elles concordent avec la politique de l'Administration de Barack Obama. «Les Américains essayent d'intégrer le monde musulman dans le système mondial, pour eux la Turquie est leur vitrine et peut servir d'exemple de pays démocratique», estime Mehmet Altan, un intellectuel turc. Un objectif qui conduit la Maison-Blanche à ne pas se formaliser lorsque Ankara ne suit pas sa ligne et défend ses propres intérêts.

Mais la Turquie ne doit pas tout à sa diplomatie : les séries télévisées turques, exportées dans tout le monde arabe, ont largement contribué à sa réputation «glamour». La saga sentimentale Nour a été diffusée dans 22  pays et des millions de téléspectateurs ont suivi les péripéties amoureuses du héros Mohannad, un jeune Stambouliote au regard bleu de braise. Depuis la fin de la série, les touristes arabes ont pris d'assaut Istanbul.

La médiation turque face à l'intransigeance iranienne

16/02/2010 | L. Marchand  Le Figaro

Le ministre des Affaires étrangères turc joue les médiateurs à Téhéran dans le dossier du nucléaire.

La Turquie tente une nouvelle fois de jouer sa carte dans le bras de fer qui oppose l'Iran au camp occidental. Ahmet Davutoglu, le ministre turc des Affaires étrangères, doit rencontrer ce mardi à Téhéran son homologue Manouchehr Mottaki pour essayer de le convaincre d'accepter la proposition de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) d'envoyer l'uranium iranien à l'étranger. Sa visite avait été décidée la semaine dernière après que le régime iranien avait annoncé avoir commencé à enrichir son uranium. Mais dimanche, au Qatar, la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a transmis au premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, le dernier message que Washington souhaitait faire passer à Téhéran.


Pas de résultats concrets 

Depuis le début de la crise sur le nucléaire, la Turquie, membre de l'Otan, tout en étant opposée à ce que son voisin iranien se dote de l'arme atomique, ne soutient pas l'option de sanctions supplémentaires et privilégie le dialogue. Le gouvernement islamo-conservateur turc se présente comme le mieux placé, grâce à sa connaissance du pouvoir iranien, pour servir d'intermédiaire et obtenir des concessions. Malgré sa forte implication, la diplomatie d'Ankara n'a pas encore produit de résultats concrets. Toutefois, l'entremise turque est appréciée par ses alliés. «Cette médiation est intéressante, grâce à leurs contacts étroits avec l'Iran, les Turcs ont un accès direct au leadership iranien et à ses différentes fractions, explique un diplomate européen. Ils nous disent qu'il existe encore une volonté de négocier, même si elle est floue.» Selon le représentant européen, «la ligne entre conduire une médiation pure et faire le jeu d'un régime qui en profiterait pour gagner du temps est fine».

À l'automne, le premier ministre Erdogan avait qualifié le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, d'«ami» et qualifié les craintes occidentales de voir l'Iran détourner son programme civil à des fins militaires de «ragots». Cette bienveillance affichée avait relancé les critiques d'une Turquie prenant ses distances avec l'Ouest. «Il existe un décalage entre les déclarations publiques, destinées à l'opinion turque et aux pays musulmans, et la teneur du discours, ferme, transmis par les Turcs aux Iraniens, décrypte un autre diplomate européen. Ils cherchent à relayer les intérêts occidentaux, tout en évitant de se fâcher avec eux.»

Engagée dans un rapprochement avec l'Iran, motivée par de profonds intérêts commerciaux et énergétiques, la Turquie se livre à un numéro d'équilibriste délicat. À Doha, Recep Tayyip Erdogan a de nouveau proposé le territoire turc comme plate-forme de transit pour l'uranium iranien. «Si la Turquie est choisie, elle fera ce qui lui est demandé», a-t-il déclaré. Pour Ankara, un tel dénouement serait une victoire diplomatique et conforterait ses ambitions de leader régional. En décembre, l'Iran avait écarté son offre.

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