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  le blog geodatas

le blog geodatas

Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Éliminés jusqu'au dernier. (J. Raspail)

Publié par philippe piercy sur 17 Octobre 2011, 08:32am

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

source:Géo n 234-août 1998  (grâce à F. Arnal ; blog Géofac)

 

    

 

 

 

de la Terre de Feu : les Haushs, les Onas, les Yaghans ou

Yamanas et les Alakalufs. Avant que Magellan ne vint

frapper les trois coups de la tragédie sur ces rivages

déserts battus par la pluie, la neige, la grêle, le vent, un

vent d'une cruauté infinie, ils avaient en commun de se

croire seuls au monde. On imagine le traumatisme quand

ils comprirent leur erreur. En dépit des jugements atroces

qui furent portés sur eux par Cook, Darwin, même

Bougainville, et tant d'autres, ils représentaient un miracle

d'adaptation. Lorsqu'ils en perdirent la recette au contact

de l'Occident, ils disparurent silencieusement. Au dernier

recensement, si l'on excepte trois ou quatre dizaines de métis, Haush : zéro; Onas : zéro; Yaghan :

un ; Alakalufs : douze.

Haushs et Onas étaient des terriens, de grands types costauds, prodigieux marcheurs,  

chasseurs. Ils attrapaient les guanacos à la course. Ils vivaient nus, enveloppés d'une courte cape

de fourrure. Fiers, belliqueux. Nomades sans cesse en mouvement à travers la Terre de Feu.

Débarquèrent les chercheurs d'or, au milieu du XIX, siècle, un ramassis d'assassins, avec leur

«roi», Julius Popper, impitoyable tueur d'Indiens. Puis les éleveurs de moutons, qui commencèrent

à poser des centaines de kilomètres de clôtures de barbelés. Les Onas n'aimaient pas les clôtures. Il

y eut des combats, flèches contre fusils. Un massacre. Arrivèrent enfin les missionnaires, des

salésiens italiens, pour évangéliser ce qu'il en restait : deux mille Onas. Car des Haushs, plus à

l'est, en vue de l'île des États, nul n'a plus jamais rien su : disparus sans laisser de traces... C'est à

l'île Dawson que les salésiens recueillirent ce peuple décimé. Animés d'une sainte bonne volonté,

ils construisirent des maisons, un hôpital, une école, une pharmacie, une église, des ateliers, etc.

Ils habillèrent leurs pensionnaires nus. Leur apprirent à lire, à écrire, à menuiser, à coudre, à

forger... Alors ces grands bavards d'Onas se turent. Ces conteurs intarissables perdirent l'usage de

la parole. Et ils commencèrent à mourir «de maladies rebelles à la science». Devenus bons

catholiques au contact des salésiens, les enfants, selon le père del Turco, désolé, «passèrent

maîtres dans l'art de mourir chrétiennement». En 1939, la mission de Dawson fut fermée, quand

fut porté en terre le dernier des Onas sauvés. Rares furent ceux qui purent échapper à cette

sollicitude, à laquelle, d'ailleurs, on ne saurait rien reprocher, que l'ignorance de ces temps-là. La

dernière des Onas s'appelait Lola. Elle vivait dans une cabane de rondins au bord du lac Fagnano,

de la charité de l'estancia voisine, qui, tout de même lui devait bien cela. Seule s'exprimer encore

dans sa langue, mais plus personne pour la comprendre ! Dans les années cinquante, campant par

là, j'avais pu me recueillir sur sa tombe. Elle venait de mourir. A mon dernier voyage, je ne l'ai pas

retrouvée. Une route est passée sur sa sépulture, avec des milliers de canions, et un hôtel se dresse

l'emplacement de sa cabane. Voici, traduit par l'ethnologue Ann Chapmann, l'un des chants

funèbres qu'elle chantait : «Coeur de beauté, Lune au visage ample, Lune au visage brûlé, Visage

coléreux ! Partons chez la fille du Ciel... » Apollinaire ? Non. Lola.

Nomades de la mer, les Alakalufs avaient d'autres talents, trente mots, par exemple, pour définir

les vents, et un exceptionnel vocabulaire maritime pour nommer les marées, les courants, les

balisages naturels, les phénomènes climatiques, mais aucun mot pour dire «bonheur», ce qui n'est

guère étonnant si l'on sait que leurs divinités leur rendaient la vie impossible: Ayayéma

déclenchait les tempêtes, Kawtcho les étranglait la nuit, Mwono leur précipitait dessus avalanches

et pans de montagne. Mis en présence du christianisme, c'est- dire d'une religion de compassion,

ils la refuseront énergiquement. Les Alakalufs avaient le goût du malheur. Ils le reçurent

profusion.

Petits, laids, gluants de graisse de phoque, c'étaient de remarquables marins, se déplaçant en clans

familiaux sur leurs canots d'un bout l'autre du détroit de Magellan, se nourrissant de moules, de

baleines mortes, de poissons qu'ils harponnaient. Pourtant particulièrement repoussantes, leurs

femmes furent la cause première de leur déchéance. Soumis d'interminables continences, les

équipages des navires qui passaient par le détroit se précipitèrent avidement sur ces malheureuses.

Batailles, massacres, maladies, stérilité, mépris. Parfois, tout de même, des cadeaux : de l'eaude-

vie, des outils, des couvertures. Dès le début du XIX’ siècle, les Alakalufs n'étaient plus que

des clochards de la mer qui se portaient la rencontre des navires pour mendier. Il y eut quelques

enlèvements. Précédés d'une réputation de cannibales, ce qu'ils n'avaient jamais été, les membres

d'une famille d'Alakalufs furent traînés et montrés comme des bêtes de cirque l'Exposition

universelle de Paris en 1878, et ensuite au zoo de Hambourg. Tous moururent.

Pendant ce temps-là, près du détroit de Magellan, on les faisait monter bord des paquebots, tout

nus, on les abreuvait, on les faisait danser au salon pour distraire les passagers. Recevant en

échange le rebut de nos techniques, pour eux des objets fabuleux, ils ne fabriquaient plus rien. Le

grand stress. Ils cessèrent même de pêcher. Puis les canots, peu à peu, disparurent. J'ai rencontré

l'un des derniers en 1951. Je m'en souviendrai toute ma vie. Quelques braises au fond du canot,

deux femmes en haillons sous la grêle, un enfant triste, trois rameurs aux yeux d'outre monde... A

présent, personne. Le détroit est vide. Le gouvernement chilien a recueilli au poste de Puerto Eden

plus au nord, dans le canal Messier, les derniers Alakalufs qui y vivent comme des assistés. Leurs

tombes ne portent même plus de noms. A quoi bon ? Le peuple des Alakalufs a achevé sa course

sur cette terre. Les Yaghans, marins également, sur le canal Beagle, rencontrèrent le même destin,

cela près qu'ils bénéficièrent du fatal apostolat des missionnaires protestants anglais. Comme les

Onas, ils en périrent. Quand mourut dans ses bras le dernier Yaghan de la mission de l'île

Navarino, le célèbre pasteur Bridges pleura. Après quoi, il se fit éleveur et gagna beaucoup

d'argent.

La vraie vie des nomades de la mer

 

Les récits souvent fantaisistes des navigateurs ont contribué a forger le mythe des Fuégiens,

indigènes agressifs et anthropophages dont Darwin dira: "C'est a peine si l'on peut croire que ce

sont des créatures humaines." Mais on commence à mieux connaître ces peuples si parfaitement

adaptés leur milieu. La clef de cette adaptation réside dans un nomadisme intense. Pendant

presque toute l'année, des groupes se déplaçaient, exploitant les bancs de coquillages ou les

roqueries d'otaries. Les travaux des archéologues ont mis au jour plusieurs de ces sites : Bahia

Colorada, dans le golfe Otway, un campement de chasse aux otaries et Seno Grandi, au sud de l'ile

Navarino, ou des reliefs trahissent la consommation de moules...

 

  

 

 

 

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