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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Entre Canada et États-Unis : la frontière de tous les trafics

Publié par philippe piercy sur 7 Septembre 2012, 19:46pm

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

nb: frontières intérieures (réserves indiennes) et frontières extérieures se recoupent.

 

Cornwall__Ontario___Fronti_re_USA_Canada__

Le Figaro

Article de Ludovic Hirtzmann publié le 25 mars 2011

«Cherchez dans le fleuve. Vous y trouverez plein de cadavres, des gamins qui se sont noyés pour transporter un chargement de drogue.» Darren Bonaparte, Indien d'Akwesasne, a la mine triste. La nuit, les adolescents de sa réserve enfourchent leurs motoneiges pour convoyer des cargaisons de drogue sur le Saint-Laurent gelé. Parfois, la glace craque. Elle engloutit un jeune Mohawk. «Que dire, alors qu'un de nos anciens chefs a été arrêté avec 90 kg de marijuana ?», demande Darren Bonaparte.

À Akwesasne, tout se trafique : drogue, armes, hommes. «Même des tortues exotiques», confie, étonné, Tim Kinpan, le commandant des 60 gendarmes du détachement de Cornwall, 48 000 habitants. La réserve mohawk, paradis des cigarettes bon marché, jouit d'une situation géographique unique, à cheval sur l'Ontario, l'État de New York et le Québec. Voilà le pont des trois nations. De Cornwall, il enjambe le Saint-Laurent, traverse Cornwall Island, la portion canadienne de la réserve. Puis il domine à nouveau le fleuve pour rejoindre la partie américaine d'Akwesasne. Les 12 000 autochtones vivent sur des territoires dont la juridiction dépend d'une dizaine d'unités de police différentes. «La réserve compte des dizaines d'îles et autant de caches. Les policiers peuvent patrouiller sur le fleuve. Ils ne contrôleront jamais cet espace», confie un jeune Mohawk.

Dix usines clandestines de cigarettes

Les Indiens ne reconnaissent pas les frontières imposées par les Blancs. «L'immense majorité se soumet aux lois canadiennes. Mais il y a les autres, 4 ou 5 %, liés au crime organisé», déplore le sergent Lee Coté, du détachement de la gendarmerie royale de Cornwall.

Le militaire déplie une carte d'état-major. Il pointe le 45e parallèle : «Voyez, ils partent de la partie américaine de la réserve. Selon nos services de renseignement, il y a là dix usines clandestines de cigarettes». Les Mohawks revendent ces dernières à des prix quatre à sept fois inférieurs au marché légal. Le coût de production de 200 cigarettes, vendues 80 ou 100 dollars dans le commerce légal, n'excède pas cinq dollars. Dans le sous-sol de la brigade, Lee Coté montre une saisie : 19 caisses de cigarettes clandestines. Chacune contient 50 cartouches de 200 cigarettes. «Voilà, c'est arrivé hier. Nous avons aussi des armes, de la drogue et plus rarement des clandestins. Eux vont plutôt dans le sens Canada-États-Unis.» En 2000, quelque 12 000 clandestins avaient été appréhendés sur la frontière canado-américaine, contre 1,6 million sur la frontière américano-mexicaine. En 2010, ces chiffres étaient passés respectivement à 6 800 et 540 000.

Le commandant Kinpan a noté une nouvelle tendance : «Nous avons beaucoup de problèmes avec l'OxyContin, un puissant analgésique». Censé soigner la douleur, il devient à fortes doses une drogue puissante. Le sergent Coté troque son képi pour une chapka bleu foncé bordée de fourrure. Au-dessus du Saint-Laurent, la neige s'abat en rafales. La rive de l'île de Cornwall, à moins de 1 km, est invisible. «Mauvais temps pour nous, excellent pour les contrebandiers», juge le sergent, avant de se raviser : «Pas tout à fait. La glace est grise. Il y a de l'eau libre. C'est comme ça que les Ski-Doo coulent

La voiture de police longe le fleuve et les quais où s'amarrent les bateaux durant l'été. «Ces quais permettent de débarquer des chargements. Les motoneiges traînent de grosses remorques. Un camion attend près des pontons, puis s'en va cacher le butin dans une maison de la région», explique Lee Coté. La mafia emploie des jeunes de 16 ou 17 ans, payés 200 dollars pour une course. Le militaire trahit une certaine désillusion : «Nous patrouillons sur le Saint-Laurent l'été, mais nous avons arrêté les poursuites en bateau. Les trafiquants connaissent le fleuve mieux que nous.» Chaque jeudi, la gendarmerie se réunit avec les polices américaine, québécoise et ontarienne. Mais, courant sur 8 891 km, la frontière entre les États-Unis et le Canada est quasi impossible à sécuriser.

Pression sur la Maison-Blanche

À la mi-février, un républicain de la Chambre des représentants, Jeff Duncan, a mis la pression sur la Maison-Blanche : «Le seul niveau acceptable pour le citoyen américain est le contrôle total de notre frontière sud, de notre frontière nord et de tous nos points d'entrée.» Début février, le premier ministre Stephen Harper s'est entretenu avec le président Barack Obama à Washington pour instaurer un «nouveau périmètre de sécurité» entre les deux pays. Des drones (avions sans pilote) surveillent désormais la frontière du Michigan et du Manitoba. «Les caméras sont peut-être la solution», estime Darren Bonaparte.

Pour l'Amérindien, une seule chose compte : changer un quotidien amer dû au harcèlement des gardes frontières américains : «Nous connaissons les vieux agents et nous les appelons par leurs prénoms. Mais les jeunes, mutés de la frontière mexicaine, nous traitent comme des moins que rien.»

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