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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Eoliennes: "La destruction d'un paysage unique" par Pascal Cribier, paysagiste

Publié par philippe piercy sur 8 Septembre 2010, 18:53pm

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun







 

Né en Normandie, le paysagiste Pascal Cribier, qui compte parmi les plus respectés de France, a fait ses premières armes en pays de Caux et cultive son propre jardin près de Dieppe. Il a obtenu, lors des réunions publiques au Tréport, d'être associé - bénévolement - à la mise en image du projet des Deux-Côtes, qu'il conteste.

 

Que reprochez-vous à ce projet ? Pour la première fois, on va installer directement sur l'eau une zone industrielle de 75 km2, qui va en permanence tourner et clignoter de lumières rouges, jaunes, blanches. Il faut mesurer la gravité de cette première. Cela va au-delà d'un impact paysager classique : 140 éoliennes de 150 mètres de haut vont être visibles sur plus de 50 kilomètres de côte, au milieu d'un paysage de falaises de 80 mètres de haut.

On reproduit avec l'éolien la même erreur qu'il y a cinquante ans avec les grands ensembles ou il y a trente ans avec les zones commerciales et les plates-formes logistiques qui défigurent les entrées de ville : ce sont des grands programmes technocratiques qui détruisent le paysage avec l'illusion d'être modernes. Ce ne sont pas les paysagistes qui font le paysage, c'est l'économie, la politique, les décisions administratives.

Pourquoi avez-vous souhaité participer à la mise en image du futur parc ?

J'ai observé, lors des réunions publiques, comme il pouvait être facile pour les ingénieurs de convaincre l'assistance grâce à de belles images. Ils assuraient que chaque ville ne verrait pas plus de douze éoliennes car celles-ci seraient parfaitement alignées, qu'on ne les verrait qu'un tiers du temps en raison du brouillard... N'importe quoi...

J'ai voulu être associé aux prises de vue et à l'insertion des images de synthèse pour choisir les cadrages pertinents. Je vais demander que soient posés, in situ, sur la baie de Somme, au Tréport, sur les falaises de Dieppe, au cimetière marin de Varengeville, des panneaux illustrant, grandeur nature, l'impact des éoliennes. Je veux aider les gens à se mobiliser et persuader les porteurs du projet qu'ils vont se rendre responsables de la destruction d'un paysage unique.

Qu'est-ce que ce paysage a de particulier ?

C'est un paysage puissant, né d'une économie et d'une agriculture très fortes, avec des champs et des forêts magnifiques, des éléments urbains épargnés par l'étalement. Sur la côte, ce décor façonné par l'homme s'arrête d'un coup pour s'ouvrir sur le vide. Les falaises créent une rupture totale entre une campagne très productive et l'horizon, l'infini, ce qui reste de vraie nature : une richesse gratuite et qui appartient à tous. Nul autre endroit n'offre une rupture aussi belle, aussi spectaculaire, sans être balnéaire. C'est ce que vont détruire les éoliennes.

Propos recueillis par Grégoire Allix

Article paru dans l'édition du 09.09.10

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