Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

  le blog geodatas

le blog geodatas

Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


La révolte des sans-terre au Paraguay

Publié par philippe piercy sur 6 Avril 2012, 20:50pm

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

Dans Courrier international (http://www.courrierinternational.com/article/2012/04/05/la-revolte-des-sans-terre ) un excellent article (avec carte) sur les tensions croissantes autour de la question foncière:

un court extrait:

Une langue de terre de 50 mètres sur 500, au cœur de 267 000 hectares de terres rouges paraguayennes consacrées à la culture du soja : c’est là que se situe le point névralgique du principal conflit social qui, depuis des mois, agite le pays. Ce théâtre à ciel ouvert s’appelle Ñacunday, dans le département d’Alto Paraná, près de la frontière brésilienne [des paysans ont occupé des terres privées en avril 2011 en invoquant le droit de propriété de l’Etat. Fin février ils ont accepté de se déplacer provisoirement à l’intérieur du parc naturel Ñacunday, sur proposition du gouvernement de Fernando Lugo, pour éviter une évacuation].

Sous les câbles à haute tension de l’entreprise publique Ande [Administración Nacional de Electricidad], plus de 1 000 fa­milles, toutes générations confondues, campent tant bien que mal dans des tentes de fortune. Ces 7 000 personnes font partie des 300 000 familles de paysans sans terre qui vivent au Paraguay.

(...)

Tranquilo Favero, dit “le roi du soja”, qui possède 1,2 million d’hectares, a lancé le nouveau nom de “malandrins” : selon lui, “tout comme les femmes de ces bandits, ils ne comprennent que les coups”.

Né au Brésil, Tranquilo Favero est arrivé au Paraguay en 1970 sans un sou en poche, à l’époque où le dictateur Alfredo Stroessner était embrigadé dans l’opération Condor. Peu à peu, il s’est fabuleusement enrichi en faisant l’intermédiaire entre le régime paraguayen et les capitalistes brésiliens qui collaboraient avec la dictature militaire de son pays.

Le conflit agraire qui déchire le Paraguay ne date pas d’hier et on s’aperçoit que les causes en sont les mêmes que dans la plupart des pays latino-américains : 86 % des terres cultivables sont exploitées par à peine 2,5 % de la population. Le problème date de la guerre de la Triple Alliance [1865-1870], qui a commencé avec la défaite infligée à la république indépendante qu’était à l’époque le Paraguay par les armées argentine, brésilienne et uruguayenne, encouragées par l’impérialisme britannique. Le pays n’a jamais retrouvé l’état de bien-être social et économique dont il jouissait auparavant. C’est à la fin du xixe siècle, sous l’influence du Brésil et de l’Argentine, que sont nés les deux grands partis politiques encore majoritaires aujourd’hui : le Parti colorado et le Parti libéral. A cette époque, le Brésil a également porté à la tête du Paraguay Bernardino Caballero, un militaire élevé au grade de général par l’armée brésilienne et dont la première mission fut de payer les dettes contractées par le pays auprès des banques étrangères.

C’est alors que les terres sont devenues une monnaie d’échange. Quelques capitalistes ont réussi à s’emparer de 5 à 6 millions d’hectares de terres, certains à des fins spéculatives et d’autres en vue d’exploiter les immenses forêts de yerba maté et de quebrachos. Des dizaines d’années plus tard, les Brésiliens ont conquis la région bolivienne de l’Acre pour mettre la main sur le caoutchouc, à l’époque très recherché pour la fabrication de colle industrielle. Depuis, les familles proches des hautes sphères du pouvoir n’ont cessé de s’approprier des territoires : le démantèlement du pays, qui n’a pris fin qu’au début des années 2000, s’est intensifié au cours des soixante années que le Parti colorado a passées au pouvoir. Ce pillage s’est soldé par l’occupation illégale de 12 millions d’hectares, qui persiste à l’heure actuelle. Selon un rapport publié en 1994 par la commission Vérité et Justice, créée après la chute de la dictature en 1989, 8 millions d’hectares raflés par des dignitaires du régime profitaient à leurs héritiers, qui jouissent encore aujourd’hui d’immenses fortunes.

Commenter cet article

Archives

Articles récents