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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Récents et excellents articles du Monde sur l’énergie :

Publié par philippe piercy sur 19 Avril 2011, 21:17pm

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun


L'hydroélectricité est-elle vraiment une énergie verte ?

LE MONDE | 18.04.11

 

Les grands barrages n'avaient pas besoin de cela, tant l'engouement pour l'hydroélectricité est grand depuis quelques années, mais l'accident à la centrale de Fukushima et les interrogations sur le nucléaire, qui viennent s'ajouter à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, devraient accélérer la ruée vers les grands ouvrages. Ses promoteurs présentent l'hydroélectricité comme une énergie verte, car renouvelable. Pourtant, partout dans le monde, les projets de retenues sont âprement combattus. Les écologistes prévoient un "désastre" si le mouvement n'est pas freiné.

Une lame de fondLa commission internationale des grands barrages (CIGB) recense 33 000 grands barrages, mais ils seraient en fait 50 000. La définition comprend tous les ouvrages dont la hauteur est supérieure à 15 m, ou, si elle est comprise entre 5 et 15 m, dont le réservoir a une contenance supérieure à 3 millions de m3 d'eau. "Cette quantité va au moins doubler d'ici à 2 050", affirme Michel de Vivo, secrétaire général de la CIGB. La croissance de la population des pays en développement et sa concentration dans les villes entraînent une augmentation importante des besoins en eau, pour irriguer les terres et approvisionner les entreprises. Mais c'est surtout l'accroissement de la demande en énergie qui motive la construction de ces ouvrages, qui auront ensuite plusieurs usages.

"Pour y répondre sans passer par les énergies fossiles et le nucléaire, il n'y a pas 36 solutions, estime M. de Vivo. L'éolien et le solaire restent marginaux." L'hydraulique, qui produit quelque 20 % de l'électricité dans le monde, représente 80 % de l'électricité d'origine renouvelable. "L'hydroélectricité se développe depuis trois ans comme jamais auparavant", confirme Richard Taylor, directeur exécutif de l'International Hydropower Association (IHA).

Les champions sont la Chine et l'Inde, qui construisent 200 barrages par an. Viennent ensuite les pays d'Amérique latine, en particulier le Brésil, puis la Turquie, l'Iran, la Russie. Si les pays riches ont déjà tiré parti de quasiment tous leurs cours d'eau, le potentiel hydroélectrique reste important en Asie, où le taux d'équipement est de 33 %, en Amérique du Sud (25 %), et en Afrique (7 %).

Des millions de déplacés Le barrage de Belo Monte n'est que l'un des 60 projets du gouvernement brésilien en Amazonie. Il sera le troisième plus grand au monde, s'il voit le jour. Mais les populations riveraines mènent contre lui une lutte acharnée. Ils ont remporté une victoire symbolique, le 5 avril, quand la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) a demandé la suspension du projet, faute de consultation suffisante des communautés. La construction noierait 500 km2 et de 20 000 à 40 000 personnes seraient déplacées, selon l'association Survival International, qui défend les tribus indigènes.

Au total, entre 40 et 80 millions de personnes auraient déjà été déplacées du fait de la construction de barrages, selon le Fonds mondial pour la nature (WWF).

"Les gouvernements brésilien et péruvien ne respectent pas leurs propres lois en ce qui concerne la protection des groupes indigènes", affirme Almir Narayagoma Surui, représentant d'une tribu de l'Etat du Rondonia. Tandis que Sheyla Yakarepi Juruna, chef d'une communauté du Para, accuse le gouvernement brésilien de les traiter "comme des moins que rien".

Les autorités, de leur côté, mettent en avant les bénéfices économiques attendus de l'apport en énergie et de la maîtrise de l'eau. "Avant la construction de Serre-Ponçon, la vallée de la Durance était une zone aride et pauvre, régulièrement touchée par des crues dévastatrices, renchérit M. de Vivo. C'est aujourd'hui une région fertile, et le lac a permis le développement de la pêche et du tourisme."

Un impact sur le climat controversé L'énergie hydraulique n'émet théoriquement pas de gaz à effet de serre (GES). Pourtant, des études ont montré que certains barrages, du fait de la décomposition de la végétation dans les réservoirs, émettent du dioxyde de carbone et surtout du méthane, un gaz au pouvoir de réchauffement 25 fois supérieur à celui du CO2.

Cependant, leur impact sur le climat est controversé. Les retenues d'eau peu profondes situées dans les zones tropicales seraient principalement concernées. Cependant, l'Institut fédéral suisse des sciences et technologies aquatiques (Eawag) a récemment mis au jour des émissions importantes de méthane (150 tonnes de méthane par an, soit l'équivalent en CO2 de 25 millions de km en voiture), dans le lac Wohlen, près de Berne.

Des milieux naturels menacés Seuls 40 % des fleuves dans le monde s'écoulent encore librement, selon le WWF. "La première conséquence de la construction d'un ouvrage est la modification de la forme du fleuve, explique Martin Arnould, chargé du programme rivières vivantes au WWF France. Le blocage des sédiments provoque une érosion importante sur le littoral, parfois à des centaines de kilomètres en aval." Le régime des fleuves est perturbé. A l'aval des retenues, les poissons sont moins nombreux, et moins diversifiés. Les migrateurs (anguilles, saumons, esturgeons) sont particulièrement pénalisés, car ils ne peuvent plus circuler. Les réservoirs empêchent la dilution des pollutions, et facilitent la multiplication des espèces envahissantes.

Un certain niveau de durabilité En Europe, la directive-cadre sur l'eau, qui impose d'atteindre le bon état écologique d'ici à 2015, entre en contradiction avec les objectifs de développement des énergies renouvelables, dont l'hydroélectricité. Certains écologistes craignent de voir les dernières rivières sauvages équipées à leur tour. Et ils peinent à obtenir la suppression d'ouvrages dont l'impact néfaste sur la biodiversité est avéré. Aux Etats-Unis, en revanche, la démolition de barrages problématiques n'est pas rare.

Pour les projets en cours dans les pays en développement, l'IHA, qui a mis au point un "protocole d'évaluation de la durabilité de l'hydroélectricité", en partenariat avec des ONG dont le WWF, assure qu'une "amélioration générale" a lieu. Quelques ouvrages se voulant exemplaires ont vu le jour, comme celui de Nam Theun 2 au Laos. Mais ils restent "exceptionnels", selon M. Arnould.

"On peut probablement arriver à un certain niveau de durabilité, mais on ne supprimera jamais tous les impacts, estime Martin Geiger, responsable du programme eau douce du WWF International. La question est de savoir s'ils ont tous été correctement évalués et s'ils sont acceptables." La technologie progresse : canaux de dérivation, évacuation des sédiments, gestion adaptée du débit des cours d'eau, ajout de passes à poisson, amélioration des turbines, peuvent limiter les impacts sur l'environnement. Le choix du site est fondamental. Mais pour les ONG, les gouvernements devraient explorer toutes les pistes alternatives - autres renouvelables, mais surtout économies d'énergie - avant de lancer ces projets.

Article paru dans l'édition du 19.04.11


En Guyane, le barrage de Petit-Saut agit "comme un réacteur chimique"

En 1994 et 1995, 365 km2 de forêt équatoriale ont été noyés dans le bassin du Sinnamary, au nord-ouest de Cayenne, pour mettre en eau le barrage EDF de Petit-Saut, d'une puissance de 115 mégawatts. Treize ans plus tard, en 2008, le comité scientifique de Petit-Saut constate que "la décomposition de la biomasse immergée a provoqué une désoxygénation rapide des eaux (...) et, au bout de quelques mois, une forte production de méthane dont l'oxydation dans le milieu aquatique a renforcé l'anoxie de la retenue - des eaux sans oxygène -, quasi complète jusqu'au début de 1995."

En 1994, la production avait dû être interrompue, les eaux relâchées, trop pauvres en oxygène, menaçant la survie des poissons en aval. EDF a dû installer un seuil aérateur pour reprendre le turbinage. L'étude d'impact n'avait pas non plus pris en compte un phénomène encore inconnu : la production de gaz à effet de serre - méthane et CO2 - sur la retenue et la diffusion de méthane résiduel en aval, même si cette production a nettement baissé au fil des ans.

Réoxygénation de l'eau 

Selon les travaux du laboratoire d'aérologie de Toulouse et du laboratoire Hydréco, en un siècle, le barrage de Petit-Saut est susceptible de produire autant de gaz à effet de serre en équivalent carbone qu'une centrale thermique à gaz de même puissance. Ce phénomène vaut surtout pour les pays tropicaux, "où il y a des températures élevées en permanence et des stocks importants de matière organique, qui favorisent la productionde méthane et l'activité des bactéries", précise Robert Delmas, président du comité scientifique et ancien directeur du laboratoire d‘aérologie de Toulouse.

En Guyane, le mercure est présent naturellement dans les sols et il est aussi lié à l'orpaillage. Pour être toxique, il doit se transformer en méthylmercure, sous l'effet de bactéries dans les cours d'eau. A Petit-Saut, cela se fait à grande échelle. "Nos travaux ont montré que ce barrage agissait comme un réacteur chimique, explique Daniel Cossa, géochimiste à l'Ifremer. Dans la retenue, il y a une couche d'eau oxygénée, et l'autre, profonde, sans oxygène, avec de l'hydrogène sulfuré. A l'interface de ces deux masses d'eau, il y a des bactéries sulfato-réductrices, qui transforment le mercure inorganique en méthylmercure."

En aval, la réoxygénation de l'eau crée à nouveau un cycle bactérien qui amplifie la méthylation. En 2005, les poissons carnassiers aïmara présentaient des taux de mercure deux fois plus élevé que le seuil recommandé par l'OMS, sur la retenue et en aval. En revanche, en 2007, les poissons de l'estuaire du fleuve avaient des taux inférieurs à ces seuils, signe de la disparition progressive du méthylmercure le long de la rivière. Les scientifiques constatent aussi un appauvrissement de la biodiversité des poissons.

Ces études offrent une expertise précieuse à EDF pour la construction de barrages tels que celui de Nam Theun 2, au Laos, mis en service en 2010. "Aujourd'hui, pour les projets de barrage tropical, il est obligatoire de prévoir les émissions de gaz à effet de serre pour voir si on est dans une situation acceptable, analyse M. Delmas. Il ne faut pas faire des barrages dans des zones où l'on va inonder des surfaces importantes de forêt pour produire une quantité réduite d'énergie."

Laurent Marot (Cayenne, correspondant) Article paru dans l'édition du 19.04.11

Des projets de grandes centrales annulés en Amazonie

LE MONDE | 18.04.11

L'idée était de construire cinq centrales hydroélectriques et un grand barrage retenant les eaux du fleuve Urubamba, au sud de l'Amazonie péruvienne. Le projet Mainique, qui visait à augmenter la capacité énergétique du Pérou, n'a cependant pas dépassé le cap des études préliminaires. En février, les autorités péruviennes ont annulé la concession temporaire qu'avait obtenue une entreprise brésilienne. Quelques jours plus tôt, le service des aires naturelles protégées avait estimé que la mise en oeuvre du projet "aurait un impact irréversible sur l'écosystème, la faune et la flore" de cette région faisant partie du Sanctuaire national de Megantoni. Il mettait aussi en danger un lieu sacré pour les Matsiguengas, une tribu indienne qui vit dans cette partie de la jungle amazonienne.

"L'annulation de ce projet est une bonne nouvelle pour le pays", se félicite Patricia Patron, de l'ONG DAR (Droits, environnement et ressources naturelles). Alors qu'il existe déjà au Pérou de nombreuses centrales hydroélectriques, elle s'inquiète des projets de grande envergure prévus en Amazonie. "La construction d'un barrage engendre une grande déforestation et le déplacement de populations", avertit la consultante, qui veille au respect des lois environnementales nationales.

Mainique faisait partie des projets qui pourraient être inclus dans l'accord énergétique passé entre le Pérou et le Brésil. Dans ce traité, qui n'a pas encore été ratifié par le Congrès, le Pérou s'engage à ce que des entreprises privées construisent sur le territoire péruvien de grandes centrales hydroélectriques pouvant fournir jusqu'à 6 000 mégawatts et exportent une partie de leur production au Brésil.

Or les projets présentés jusque-là dans le cadre de cet accord sont loin de faire l'unanimité. Dans le Sud-Est, le projet de construction de la centrale hydroélectrique d'Inambari est très controversé : elle obligerait le déplacement de près de 3 000 personnes, ce qui a provoqué un tollé chez les populations locales. De nombreuses ONG s'opposent au projet, notamment au nom de la protection de la forêt.

Pour construire la retenue, il faudrait inonder environ 380 km2. "Mais cette zone est déjà partiellement déboisée, à cause de l'extension de la culture illicite de la coca et de la mine informelle", précise le ministre de l'environnement Antonio Brack, qui juge "hypocrite" la campagne contre Inambari et, plus généralement, contre les centrales hydroélectriques. "Ce sont des énergies propres", insiste-t-il.

Le ministre reconnaît toutefois que certains projets, comme celui de Pakitzapango sur le fleuve Ene, au coeur de l'Amazonie, "n'ont aucun avenir". "Il prévoit d'inonder de nombreuses communautés indiennes Ashaninkas", dénonce M. Brack. Assurant que ce projet ne se concrétisera pas, il estime qu'"il y a des milliers d'endroits au Pérou où l'on peut construire ce type de centrales".

Le pays ayant enregistré une forte croissance depuis 2000 (+ 8,8 % en 2010), la demande énergétique a augmenté en moyenne de 9 % par an. "C'est pourquoi nous devons construire des centrales électriques", explique le ministre de l'environnement, qui regrette que son pays ait dû, face à l'urgence, mettre en place des centrales thermoélectriques à gaz, augmentant les émissions nationales de dioxyde de carbone.

"D'ici 2040, le Pérou s'est engagé à moins dépendre des énergies fossiles qui polluent", promet M. Brack. Il espère qu'à cette date, 66 % de l'énergie du pays sera renouvelable, contre 30 % aujourd'hui.

Chrystelle Barbier (Lima, correspondance) Article paru dans l'édition du 19.04.11

 

Quel impact la marée noire a-t-elle laissé dans le golfe du Mexique ?

Le 22 avril 2010, la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon, exploitée par BP, sombrait au large de la Louisiane, entraînant la pire marée noire de l'histoire. Jusqu'à la fermeture définitive du puits accidenté, le 19 septembre, l'équivalent de 4,9 millions de barils de brut et plus de 7 millions de litres de dispersants chimiques se sont répandus dans la mer. Un an après la catastrophe, l'estimation des ravages infligés au golfe du Mexique continue de diviser non seulement BP et les associations écologistes, mais aussi la communauté scientifique.

"Avoir une idée des effets à grande échelle est encore très prématuré", admet Christopher Reddy, directeur de recherche à la Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI). Un avis partagé par la majorité des chercheurs. "Pour avoir une idée du bilan global, il nous faut évaluer deux choses, résume David Lusseau, chercheur à l'Institut des sciences biologiques et environnementales de l'université d'Aberdeen (Royaume-Uni). Les effets immédiats, aigus et les effets chroniques. Dans le cas de l'Exxon-Valdez (un pétrolier échoué en 1989 sur la côte de l'Alaska), ces effets à long terme sur les écosystèmes ont mis dix ans à être évalués."

UN BILAN ENCORE INCERTAIN

En attendant, l'absence de consensus dans la communauté scientifique aboutit à la diffusion d'informations contradictoires. Une confusion entretenue par le fait que certaines données, acquises par les agences fédérales américaines ou les scientifiques de BP, ne sont pas rendues publiques. Hautement sensibles, elles motiveront, en temps et en heure, les demandes d'indemnisation du gouvernement américain au pétrolier britannique. "Le système d'indemnisation américain, qui affecte un coût à chaque animal, rencontre des limites lorsqu'il s'agit d'établir la valeur économique d'écosystèmes moins connus. Le dauphin a un coût, pas toutes les annélides des profondeurs", explique Christophe Rousseau, directeur adjoint du Centre de recherche et d'expérimentation sur les pollutions accidentelles des eaux.

Sur la côte, ce bilan est toujours incertain. "Etant donné l'importance de la marée noire, on a plutôt eu de la chance : l'impact sur le rivage est moindre que ce qu'on aurait pu craindre", estime Carl Lundin, chef du programme milieux marins de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Ainsi, quelques milliers d'oiseaux marins seulement ont été ramassés.

Dans les marais, la blessure infligée par les tonnes de brut est toujours vive. "BP dépense des millions pour convaincre le monde que tout est fini. C'est absolument faux : du pétrole continue de se déverser sur les plages et dans les marais. Certains marécages sont en train de mourir, ils sont impossibles à nettoyer", déplore Cyn Sarthou, directrice de l'organisation écologiste Gulf Restauration Network, qui demande davantage d'études scientifiques indépendantes et surtout menées sur le long terme.

EFFETS SANITAIRES

Dans les petites villes côtières, on dénombre de plus en plus de troubles imputés à la marée noire. "Le pétrole brut et les produits dispersants ont des impacts sévères sur la santé des communautés", accuse la chimiste et microbiologiste Wilma Subra, résidente de New Iberia, en Louisiane. Troubles respiratoires, nausées, brûlures ophtalmiques, problèmes cardio-vasculaires, lésions cutanées, dépressions, pertes de mémoire... "Ces troubles risquent de se produire pendant longtemps, d'autant plus que les populations sont toujours exposées à ces produits", selon la scientifique.

Dans les eaux du Golfe, pourtant, le pétrole semble s'être volatilisé. Plusieurs annonces ont suggéré qu'une large proportion du pétrole avait simplement disparu, dégradé par la riche activité bactérienne de ces eaux. "Il est vrai que nous ne savons pas où se trouve une bonne part du pétrole diffusé dans la mer", confirme M. Reddy.

Où se trouve ce "pétrole manquant" ? Des observations menées fin 2010 par des océanographes ont révélé, sur le plancher océanique, la présence d'une substance gluante et brune recouvrant des coraux de profondeur, à une dizaine de kilomètres du site de la plate-forme. Mais l'origine et l'étendue de cette substance restent des questions ouvertes...

"Il est probable que la marée noire aura un impact important sur la faune des profondeurs pendant des années", estime M. Lundin. Mais plus que le pétrole, ce sont les produits chimiques utilisés pour le dissoudre qui inquiètent le responsable de l'UICN : "Ces dispersants n'avaient jamais été utilisés à de telles profondeurs, on n'a aucune idée de leur effet biologique sur ces écosystèmes."

ECHOUAGES INHABITUELS

D'ores et déjà, des anomalies ont été décelées chez des crabes et des étoiles de mer. Des échouages inhabituels de tortues de mer ont été relevés. Fin mars, la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) a rendu public un décompte de 200 carcasses de dauphins découvertes échouées sur les plages de la zone touchée, depuis le début de l'année. Entre mai et décembre 2010, 90 cétacés avaient été retrouvés morts.

Les écologistes mentionnent également une montée en flèche de la mortalité chez les bébés dauphins. Ces phénomènes sont-ils liés à la marée noire ? "Des examens vétérinaires sont en cours, dit M. Lusseau. Mais il n'est pas possible d'évaluer des dégâts sur ces cétacés à partir du nombre de carcasses, puisque pour certaines espèces, seuls 1 % à 3 % des individus qui meurent sont retrouvés."

Seule note positive : l'interruption de la pêche causée par la marée noire a permis aux stocks de poissons comme le rouget et le maquereau roi de se reconstituer. Une manière de rappeler que la pêche commerciale et la pollution charriée par le Mississippi font encore plus de dégâts que l'activité pétrolière dans le golfe du Mexique.

Grégoire Allix, Stéphane Foucart et Clément Imbert

 

La colère des sinistrés du bayou reste intacte

Les bayous sont amers. "Demandez aux pêcheurs s'ils préféreraient revivre Katrina ou la marée noire. Tous choisiront Katrina", dit Terri Sercovich, la rédactrice en chef du magazine Plaquemines Gazette, qui vient de publier un numéro spécial sur l'anniversaire de la marée noire. L'ouragan avait laissé les habitants avec une perspective : reconstruire. "Là, c'est l'incertitude."

Incertitude de quelque côté qu'ils se tournent : indemnisations, avenir économique. Andrew Tierney, 35 ans, dont dix-huit consacrés à la pêche, se prépare à retourner à la crevette à l'ouverture de la saison, le 5 mai. Mais vu les cours du marché, il n'est pas sûr d'y trouver son compte. "La demande a baissé", explique-t-il. Et il craint de perdre ses droits à une deuxième tranche d'indemnisation s'il n'est plus considéré comme sinistré.

Le gouvernement américain assure que les fruits de mer du golfe du Mexique sont sains, mais quand il est sorti en mer, il y a deux semaines, le pêcheur est tombé sur une émulsion blanche, épaisse, étirée sur plus de 1 km et demi. Depuis, il ne mange plus de poisson. Officiellement, il ne reste plus que 160 km de plages souillées contre plus de 1 500 km il y a un an. Mais les habitants du golfe craignent que le goudron ne soit en profondeur, et que les maux de tête dont se plaignent certains d'entre eux soient le prélude à des conséquences sanitaires à long terme. "Tout dépend du degré de confiance qu'on a dans ce que dit le gouvernement, dit Domenica Cibilich, qui travaille dans l'ostréiculture avec toute sa famille. Et depuis Katrina, nous avons tous appris qu'on ne peut pas faire confiance au gouvernement."

BP a déjà déboursé 46 milliards de dollars (32 milliards d'euros), mais la colère est intacte. Les pêcheurs ont le sentiment que le système est injuste et que d'autres s'en sont tirés mieux qu'eux : ceux qui avaient des relations parmi les élus locaux, ceux qui ont eu la présence d'esprit de laisser tomber huîtres et bateaux pour investir dans les préfabriqués qu'ils ont loués à BP, ceux qui ont été retenus pour participer aux opérations de nettoyage (1 200 dollars par bateau et par jour) alors qu'ils n'étaient pas de la région. "Onnous avait dit qu'on aurait au moins pour deux ans de travail, dit M. Tierney.On était contents, c'était bien payé." Aujourd'hui, BP n'emploie plus que 6 000 personnes pour le nettoyage contre 52 000 au plus fort du désastre.

Le vert pimpant, couleur de BP, a complètement disparu du paysage. Depuis septembre 2010, les dossiers d'indemnisation sont pris en charge par un administrateur qui a été nommé par Barack Obama. Kenneth Feinberg s'était occupé avec doigté du contentieux des victimes des attentats du 11-Septembre. En Louisiane, il ne s'est fait que des ennemis. On lui reproche d'être à la solde de BP, qui, il est vrai, paie les services de son cabinet à raison de 1,25 million de dollars par mois. De chercher à régler les dossiers à l'amiable pour limiter le nombre de plaintes en justice. Et de décider des compensations d'une manière arbitraire. En huit mois, il a indemnisé 176 000 plaignants, pour un total de 3,7 milliards de dollars, soit 21 000 dollars en moyenne par personne.

Avant le 20 avril, les particuliers lésés devaient décider s'ils se joignaient aux poursuites en justice engagées contre BP, Transocean et autres responsables de la catastrophe (50 000 plaignants à ce jour). Dans une lettre ouverte, Donnie Kennair, le président de l'association des ostréiculteurs de la paroisse de Plaquemines, a annoncé qu'il entrait "en guerre" contre BP.

Ses huîtres ont particulièrement souffert quand les garde-côtes ont fait entrer de l'eau douce pour tenter d'empêcher la progression de la nappe de pétrole. Il va falloir deux à trois ans pour faire grandir les petites. Chaque question lui arrache un rire amer. "Tout cela n'est qu'une vaste blague, dit-il. Tout ce que fait BP, c'est pour le show. Ils s'en fichent. Ils ont perdu en mer 100 km de bouées de protection. Et 5 000 ancres qui n'ont pas encore été retrouvées."

La paroisse de Plaquemines, elle, ne s'est pas appauvrie. Comme si l'endroit n'était pas menacé par les eaux et les ouragans, on investit dans le futur. On élargit la route, on construit un nouveau lycée. C'est l'un des seuls comtés du pays dont les ressources ont augmenté. "Beaucoup de gens ont profité de la marée noire", accuse Foster Creppel, qui dirige un hôtel fréquenté par les adeptes de la pêche sportive.

Sur son ordinateur, il conserve les photos d'une équipe de BP en train de nettoyer les marécages pollués dans le bayou Jimmy. Dans les griffes de la pelleteuse, on voit des touffes d'herbe verte. "Le brut est une substance hautement biodégradable, s'insurge-t-il. Là, ils sont en train d'arracher les pousses ! Cela me rend malade !" Le sous-traitant est payé 30 000 dollars par jour pour cette tâche que les écologiques jugent dommageable. Aucune raison de se modérer. "Tout cela est une de question de fric", dit l'hôtelier, dégoûté.

Corine Lesnes (Paroisse de Plaquemines, Louisiane, envoyée spéciale) Article paru dans l'édition du 20.04.11

Un nouveau rapport pointe les dangers de l'extraction du gaz de schiste

New York Correspondant - C'est un nouveau revers pour l'exploitation des gaz de schiste, contestée aux Etats-Unis comme en France. Publié samedi 16 avril, un rapport d'enquête de la commission de l'énergie et du commerce de la Chambre des représentants américains souligne l'utilisation de nombreux produits chimiques pour les forages par hydrofraction (méthode récemment élaborée pour permettre une exploitation rentable de cet hydrocarbure). Qui plus est, le rapport, dont les conclusions sont alarmantes, porte sur les années 2005-2009, période où ces forages étaient numériquement très inférieurs à ce qu'ils sont devenus.

"Il a été extrêmement inquiétant de découvrir la nature et la quantité des produits injectés dans les sols, comme le benzène et le plomb, sans que les populations soient informées que leur santé pouvait en être affectée", a expliqué Diana DeGette, membre de la commission.

Pour fracturer la roche, les 14 grandes compagnies de services travaillant pour l'industrie pétro-gazière ont injecté sous forte pression plus de 780 millions de gallons (près de 3 millions de tonnes) d'eau mélangée à 2 500 produits divers (dont beaucoup de sable), parmi lesquels 750 produits chimiques. Ceux-ci vont "de produits communs (acide citrique, sel) à d'autres extrêmement toxiques (benzène, plomb...)", lit-on dans le rapport.

Les enquêteurs ont trouvé au moins 22 produits connus pour être soit "cancérigènes" et soumis comme tels à la loi sur l'eau potable propre, soit désignés comme "dangereux et polluants" par la loi sur l'air propre.

"DANGEREUX ET POLLUANTS"

En tout, 650 d'entre eux sont "potentiellement" nocifs. Dans 1,5 % des cas, il a été retrouvé l'un des quatre composants de la liste dite BTEX (benzène, toluène, ethylbenzène et xylène). Dans 342 forages, il a été fait usage de méthanol, considéré comme un polluant de l'air dangereux. Autre produit à risques (destruction des globules rouges, dommages de la moelle osseuse), le butylglycol a été particulièrement utilisé au Texas, Etat qui, avec le Colorado et l'Oklahoma, arrive en tête des forages les plus polluants. Ces informations n'étaient pas divulguées par les sociétés de forage qui se retranchent derrière la notion de secret commercial.

Alors que le débat monte aux Etats-Unis quant aux risques sanitaires induits par l'exploitation des gaz de schiste - les forages se multiplient d'un côté, de l'autre divers Etats ont adopté un moratoire -, les juristes au service de l'industrie pétrolière ont remis en question la "méthodologie" de l'enquête (menée par des élus exclusivement démocrates). Le rapport évoque la présence de produits nocifs sans jamais indiquer sa part réelle dans la totalité des fluides injectés dans la roche, argue le lobbyiste Matt Armstrong, interrogé par le New York Times, induisant l'idée que le pourcentage des produits incriminés resterait très en deçà des normes légales.

Cependant, des associations et des groupes de recherche, souvent universitaires, ont multiplié les rapports infirmant cette allégation. L'Agence de protection de l'environnement (EPA), principal organisme fédéral de contrôle, qui mène une vaste enquête sur les risques de l'hydrofraction, a récemment révélé que les déchets aqueux reversés par les sociétés de forage dans la rivière Allegheny, en Pennsylvanie, contenaient un taux de benzène vingt-huit fois supérieur à la norme légale.

Sylvain Cypel Article paru dans l'édition du 20.04.11

 

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