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  le blog geodatas

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Eléments complémentaires aux cours de Philippe Piercy, professeur de géographie en Classes préparatoires littéraires, Lycée Berthollet (74).


Un climat nouveau s'installe à Hunchun, à la frontière sino-coréenne

Publié par philippe piercy sur 26 Septembre 2012, 19:04pm

Catégories : #programme de Khâgne tronc commun

27 septembre 2012  
Hunchun (Chine) Envoyé spécial




 

La ville chinoise d'Hunchun, dans ce bout de territoire coincé entre la Russie et la Corée du Nord, est en plein boom. Les parcs logistiques se multiplient. Les viaducs qui parsèment la campagne verdoyante témoignent de l'avancée du projet de train à grande vitesse qui permettra en 2014 de relier Hunchun à Changchun, la capitale de la province du Jilin, en deux heures et demie.

Surtout, le voyage à Pyongyang du premier ministre, Wen Jiabao, en 2009, a scellé la concession à la Chine de cinq terminaux portuaires dans la zone économique spéciale nord-coréenne voisine de Rajin-Sonbong (abrégé en Rason), ouvrant aux Chinois l'accès à la mer. Cette zone économique spéciale, lancée en 1992, n'avait jusqu'alors jamais décollé. Une route construite en Corée du Nord par la Chine met depuis cet été Rajin à une heure de la frontière chinoise, contre trois auparavant. Dans le but de concrétiser deux projets de développement conjoints qui peinaient à prendre forme - l'une sur deux îles du fleuve Yalu, en face de la ville chinoise de Dandong, et l'autre à Rason -, un comité de pilotage et de gestion des deux zones a été mis en place entre les deux pays depuis la visite en Chine en août du numéro deux coréen Jang Song-taek.

L'un des accords passés porte sur l'envoi de main-d'oeuvre nord-coréenne en Chine. " La partie chinoise est prête, mais on attend encore l'autorisation des Nord-Coréens. Ils doivent choisir des ouvriers qui correspondent à des critères politiques corrects, et puis qui ont de la famille en Corée du Nord afin d'éviter qu'ils ne s'enfuient quand ils sont en Chine ", explique un fonctionnaire chinois d'Hunchun, sous le couvert de l'anonymat. Une centaine de Nord-Coréens sont attendus.

Réseaux protestants

Même les Sud-Coréens basés dans la région, souvent liés à des réseaux protestants semi-clandestins, sont surpris par les changements : " L'évolution après la mort de Kim Jong-il est plus radicale qu'on ne le pensait. Il y a un certain nombre de signes. On voit que les échanges ici se professionnalisent. Ce ne sont plus seulement que des petits commerçants qui vendent dans les marchés, comme quand tout était au noir ", explique un pasteur sud-coréen d'Hunchun, installé dans la région depuis une quinzaine d'années et qui y travaille en tant qu'expert économique.

Comme les réseaux sud-coréens qui accueillent clandestinement des réfugiés nord-coréens en Chine pour les exfiltrer ensuite sont très surveillés, de nouvelles stratégies sont adoptées : " Avant, on se concentrait sur l'aide aux réfugiés. Désormais, la problématique a changé : on se demande comment accompagner le changement, de préparer le long terme ", explique notre interlocuteur.

Les étrangers d'origine coréenne, qui peuvent se rendre en Corée du Nord où les Sud-Coréens ne peuvent se déplacer, sont les plus actifs. A Yanji, la capitale de la région de Yanbian, le Coréen américain Kim Mankyu, directeur de la société de chaussures Sunyang, met en pratique cette nouvelle approche : il se rend toutes les semaines à Rajin, en Corée du Nord, où il emploie une centaine d'ouvriers, payés 62 euros par mois.

A l'origine, les chaussures étaient exportées directement vers la Corée du Sud, puis vers les Etats-Unis. Depuis le gel des relations économiques en 2009, elles partent en Chine. Les autorités nord-coréennes savent, dit-il, qu'il est protestant, mais il veille à ne faire que des affaires : " Pour nous, c'est une manière de les aider tout en faisant des affaires. On veut être des pionniers, la Corée du Nord est comme la Chine d'il y a trente ans, qui sait si ça ne sera pas un succès dans dix ans ? ", s'interroge-t-il, optimiste.

Brice Pedroletti

 

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